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La revue n° 68 Notes de...

Notes de...

Philippe Bray

Écriture, poésie et solitude consciente

L’expression écrite naît dans un contexte de questionnement intense, souvent sans résonance dans l’environnement immédiat. L’écriture devient alors un recours, une tentative de structurer une expérience intérieure qui ne trouve pas d’écoute. Ce qui est écrit est fidèle au vécu, même lorsqu’il prend une forme romancée.

L’écriture devient un miroir de l’Esprit, un moyen de se lire soi-même à travers les mots. Le besoin d’éditer, de partager, peut naître d’une volonté sincère de faire rayonner une parole différente, mais se heurte aux limites des cadres éditoriaux classiques. Il arrive un moment où l’on comprend que ce qui a été écrit a été vécu, et qu’il n’a plus à être défendu.

La poésie et la musique apparaissent alors comme des formes plus justes, plus brèves, plus immédiates. Elles ne cherchent pas à expliquer, mais à transmettre une vibration. Elles conviennent à la conscience qui n’a plus besoin de convaincre, mais simplement de déposer une trace, un éclat, une onde.

Le poème n’appartient plus à celui qui l’écrit. Il est un fruit d’un moment, d’un passage de l’Esprit dans la forme. Le relire peut rouvrir l’inspiration, mais ne ramène pas celui qui l’a écrit à l’état où il était. Ce qu’on a écrit nous dépasse. Ce qu’on a transmis ne nous appartient plus.

-Écrire devient alors un acte de solitude lucide. Il n’est plus dirigé vers un public, mais vers l’intérieur. Et si quelques-uns croisent ce silence habité, ils y reconnaîtront quelque chose d’eux-mêmes. Le reste se tait. C’est ainsi.