Simple poème
« J’use »
Je suis un être de pénurie la courbe musculaire arrondie de saillies. J’use les goules sanguines et les démons frileux. J’use ceux qui bavent les eaux et aspirent les prairies. Les pensées impudiques poussent les tumeurs cuites jusqu’aux bordures du crâne. Les amas de rumeurs se répandent de l’épaule à l’horizon des monts. L’inachèvement des significations inonde les pans de croyances obscènes. J’use les poupées russes sans vagin puis je les pose en rond derrière la salle de bain. J’use le rouge à joue et le doré des cils pour colorer la viande et trier les plaisirs. La tourmente du corps parvient à masquer les pores et les peaux. La pilosité saharienne apparaît en tortillement soudain. L’enveloppe de chair sasse les cacophonies d’où la mélodie s’échoue en grâce de putains. J’use les mémoires contre les trottoirs de Harlem et les graves de l’Olympe. J’use les cauchemars pour extraire la sève épuisée aux orgies. Les organes de transpiration consument les regrets inutiles. Les émotions strabiques consomment les remords incertains. La nature éreinte les nuages en salive. Je suis altéré de respirations cyniques pour enterrer les défis somatiques. J’use les mots encyclopédiques jusqu’à l’os. J’use les accumulations de ponctuations percées d’arêtes de chien. La morphologie du sexe déforme les branchages de chagrins. La géographie du sexe renforce la conviction de l’innocence. La couleur du sexe est alors un appoint. Le trait périssable cherre le sable et sillonne les poussières. J’use le matricule à l’avant-bras du rédempteur. J’use les identifications majeures et les rebours numéraires. La délivrance se soumet au regard de l’homme rayé de liberté. La cage protège la femme au masque de pantin. L’enfermement préserve la chair des dieux usés.
Philippe Bruno