La
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blanche

La revue n° 68 Séquences

Séquences

Laetitia Secq

Dorian Gray

il l’a vue la première fois

elle allait à grandes enjambées

entre les valises et les mots dans le haut parleur elle laissait déjà de la poussière sur son passage mais il n’avait pas regardé le verso brûlé.
elle avait belle allure,

la nuque droite, la bouche tendre. Ses yeux de la couleur du brouillard, qui aurait pu voir au travers ?
ont commencé les secousses de soubresauts en convulsions elle l’a mutilé, elle a gratté
son front sans pudeur jusqu’à l’os elle ricanait de la trépanation
la misérable connasse

elle dansait dans les hôtels et jouait à colin maillard
mais quand le dernier train est passé, il est monté en première classe
et a laissé sur le quai

le portrait de Dorian Gray.

 

 

*

la diva est capricieuse

elle tape du pied, se roule par terre je veux, je veux, je veux
une pulsion inassouvie

elle est dépossédée, elle rage elle crache
elle colère

la diva devient despote Caligula dans ses œuvres elle tyrannise
ça déborde d’elle, la diva s’étouffe elle a mal
mets-toi à genoux je te veux esclave
elle tape du pied, maudit la terre, le ciel et les gens heureux
et il pleut sur ses joues
elle est l’enfant qui n’a pas eu de dessert incompris
seul.

 

 

 

Je choisis le miel

arrive enfin le jour où tout devient visible
l’esprit s’est débarrassé d’imposants carcans de feutre épais
posés là depuis le début des temps, qu’il a fallu racler et peler,
couche après couche, et

ça ne s’est pas fait sans douleur, pour laisser entrer un filet de lumière.
de la lucidité chèrement acquise s’écoule un sirop qui
apaise les brûlures au fond de la gorge, d’avoir trop grondé, d’avoir trop appelé s’écoule une sève nouvelle
des mignardises avec le café des pâquerettes sur la nappe
il est honnête de reconnaître que cela manque, hélas, de sel
mais entre des feux d’artifice inflammables et les matins calmes sous la brise
je choisis le miel.

Extrait du recueil Exhalaisons