Séquences
Julien Boutreux
Risque de fleurs dans la tempête. Le feu de l’âtre s’est éteint dans la maison nouvellement construite sous le ciel d’orage. Quelqu’un franchit le seuil, revient d’un long voyage. Je crois le reconnaître. Un ami d’enfance peut-être. Une ombre dans la maison d’ombre. Un être qui a oublié son nom, ne s’est pas retourné sur ses pas – ne sait plus.
d’un rêve et d’une vie
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Une trop longue après-midi étire ses muscles endoloris. Des cheveux noirs s’emmêlent dans l’air du temps. Le tramway bondé est en retard et je suis seul à l’attendre sur le quai. Des annonces inaudibles me passent au-dessus de la tête. Je ne retrouve pas mon titre de transport. Le soir arrive déjà avec le crépuscule violet qui tombe.
d’une torpeur vague
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La poésie et l’amour seuls nous occupaient. Le bruit du siècle nous était indifférent. Nous marchions dans l’éclat des étoiles alors que les autres pour la plupart ne nous semblaient qu’ombres marchant dans leur propre ombre.
d’un souvenir d’un temps perdu
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Une vie emplie d’énergie joyeuse, une cavalcade à travers le monde, quelque chose d’adéquat, de plein, de débordant même, une trajectoire qui repousse la nuit – et puis soudain le rythme qui vacille, presque imperceptiblement, annonçant la fin prématurée, inattendue, la mort évidemment violente qui surviendra à la mesure suivante.
d’une chanson d’Alice in Chains et d’une idée vaguement nietzschéenne
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Les nuits sont rouges désormais. La fin du monde est prévue pour la fin du mois. Je fais la somme des livres que j’ai lus, un genre de bilan. Je regarde la ville par la fenêtre et me demande où j’habite. Le vent souffle sur de gros nuages. Je souffle moi aussi : de la buée apparaît sur la vitre. Voilà mon royaume.
d’un ciel couvert et d’une fenêtre
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Je suis tellement fatigué que je me demande quel morceau de moi j’ai encore bien pu oublier quelque part. Mes idées s’éparpillent aussi. Que restera-t-il de tout cela à la longue, de ce que je pensais être, de ce que je pensais avoir compris du monde ? N’ayant pas la réponse, j’oublie vite la question.
d’un épuisement