Le dépôt
Blues de la pluie à Printemps Ville
Blues de la pluie à Printemps Ville
Valery Oisteanu - trad G&J
Il pleut à verse sur Far East Village
Une femme portant une chaise en plastique sur la tête,
Entre à la bibliothèque de Tompkins Square
Où des drapeaux américains pendent à l’envers, personne n’y prête attention
Éclats de verre et bouts de fil de fer se confient leurs histoires
La robe blanche d’un travesti obèse ondule dans un ciel en larmes
Le long d’un studio de danse pour filles et garçons
Des doigts tendus voient le déluge s’intensifier
Des petits parapluies cassés gisent abandonnés aux arrêts de bus.
Le Village recèle sous les sombres nuages des couvées détrempées
Des pancartes suspendues font des signes de détresse à des foules indifférentes
Tandis que la solitude s’accroche à des gants et des casquettes abandonnées
Sous le théâtre de l'absurde à l'ombre des échafaudages
Des visages transfigurés scrutent les flaques reflets de leur désespoir
Les parapluies s’entrechoquent tandis qu’un ballet se déroule en silence
Sur des trottoirs jonchés d'incolores traces de poursuite
Des bouddhas trempés de pluie sont en vente au milieu de fleurs sur la 10e rue Est,
Des buses à queue rousse frissonnent de chagrin dans leurs nids
Au-dessus des bancs verts et vides du parc désolé
Et des poubelles débordées de blanches boîtes à pizza
Des journaux mouillés exposent des photos de l’Urinoir de Duchamp
Des pétales roses, blancs et violets tombent parmi les églises
Des étudiants, un thé matcha à la main, encombrent les trottoirs
Au « Please Don’t Tell » sur St. Marks Place
On vend des « Crif-Dogs » frits après 17 h
À l’intérieur d’une cabine téléphonique vintage, une porte s’ouvre sur
Un bar clandestin en sous-sol, un débit d’alcool de contrebande
La furieuse pluie attaque sans relâche les lobes frontaux
On descend précipitament les escaliers du métro en enjambant la cascade
Dans les caniveaux les rats nagent à contre-courant
Seuls circulent les taxis jaunes, fantômes épuisés
Qui ne s’arrêtent jamais pour personne
Dans l'oasis inondée.
(extrait de "Ready Made")
Spring City Rain Blues
Valery Oisteanu
It rains cats and dogs in the Far East Village
A woman who wears a plastic chair on her head
Enters Tompkins Square Library dripping wet
American flags hang upside down, nobody cares
Fragments of glass and wire whisper their histories
A fat transvestite’s white dress ripples under a tearful sky
Alongside a girls’ and boys’ dance-rehearsal studio
Outstretched fingers watch the deluge get worse
Small broken umbrellas lay discarded at bus stations.
The Village holds rain-washed broods beneath dark clouds
Suspended signs signal distress to indifferent crowds
As solitude clings to orphaned gloves and caps
Under scaffolding's shadowy theater of the absurd
Transfigured faces gaze at puddles mirroring their despair
Umbrellas clash as a ballet is performed unheard
On sidewalks littered with the colorless evidence of a chase
Rain-soaked Buddhas are being sold on East 10th Street among flowers
Red-tail hawks shiver sadly in their nests
Above the empty park’s vacant green benches
And garbage bins overflowing with white pizza boxes
Wet newspapers reveal pictures of Duchamp’s Urinal
Pink, white and purple petals fall among the churches
Students, Matcha tea in hand, block the sidewalks
At Please Don’t Tell on St. Marks Place
They sell deep-fried “Crif-Dogs” after 5 p.m.
Inside a vintage phone booth another door opens upon
A cellar speakeasy, a blind tiger hooch joint
The furious rain relentlessly attacks frontal lobes
Rude descending the staircase in subways, over cascading waters
In the gutters, rats are swimming against the current
Only the yellow phantom cabs drive, exhausted
Never stopping for anyone
In this saturated soggy sodden oasis.