Le dépôt
435 - ZOOM RESISTANCE DE LA POÉSIE
Textes
Viens poésie, sors de la gorge et du silence, franchis le seuil des lèvres closes. Je t'appelle comme on appelle la pluie sur une terre qui se fend de soif. Tu obéis parfois, tu glisses entre les doigts comme une eau docile, tu te laisses mettre en cage sur le papier blanc. Mais soudain tu te cabres, tu refuses le rythme, tu brises la rime et tu deviens cette pierre que l'on ne peut pas soulever. Poésie vient, poésie vient, mais elle vient avec ses propres griffes, avec son propre visage de foudre. Elle n'est pas une servante, elle est la maîtresse du jeu, celle qui décide quand le sens doit s'ouvrir et quand il doit rester scellé. Appeler la poésie, c'est accepter d'être dévoré par ce que l'on a convoqué, c'est laisser le langage s'effondrer pour qu'une vérité plus haute puisse enfin respirer. https://www.poetes.com/resister-par-le-verbe
Poésie revient, comme un ressac infatigable qui vient battre les côtes de notre indifférence. Elle revient avec les débris des naufrages anciens, avec les promesses que nous n'avons pas su tenir. Elle est cette mémoire qui ne veut pas mourir, ce feu qui couve sous la cendre des jours ordinaires. Poésie poésie, tu es le battement de cœur du monde, le rythme secret qui guide nos pas dans l'obscurité. Tu es là dans le cri de l'oiseau et dans le silence des pierres. On croit te posséder, on croit t'avoir enfermée dans des livres, mais tu t'échappes par les marges, tu t'enfuis par les interstices du langage. Revenir à la poésie, c'est revenir à la source, là où le mot est encore une vibration pure, une énergie qui ne demande qu'à incendier le réel pour le transformer en lumière. https://www.cervantesvirtual.com/invocations-poetiques
Poésie résiste, elle refuse d'être un simple ornement, un tapis de fleurs pour nos salons de verre. Elle résiste à la marchandise, au bruit des machines, à la dictature de l'utile. Elle est l'os qui arrête la dent du temps, la trace de craie qui ne s'efface pas sous la pluie. Résister, c'est son essence même : dire non à la facilité, non au mensonge, non à l'oubli. Elle se cache dans les esperluettes, dans les & qui lient les contraires, dans les signes qui ne sont plus tout à fait des mots. La poésie est une forteresse de fragilité. Elle ne gagne aucune bataille, mais elle survit à tous les empires. Elle est le dernier rempart contre la barbarie du sens unique, la petite lueur qui persiste quand toutes les lampes de la raison se sont éteintes par manque de carburant.
Poésie vient et poésie s'en va, nous laissant avec nos mains vides et nos cœurs battants. Elle est une visiteuse exigeante qui demande tout et ne promet rien. Elle vient quand on ne l'attend pas, au détour d'un regard ou dans le creux d'une détresse. Elle vient pour nous rappeler que nous sommes de passage, que notre forme n'est qu'une étape vers une autre métamorphose. Le poète est celui qui se laisse habiter par cette force, celui qui accepte d'être le canal de cette parole qui le dépasse. La poésie ne s'explique pas, elle s'éprouve comme une fièvre ou comme un frisson. Elle est l'imago de notre pensée, sa forme finale et ailée, celle qui s'élance hors de la chrysalide des concepts pour embrasser l'infini du possible. https://www.theguardian.com/books/the-voice-of-poetry
Po&sie, avec ce signe qui est un nœud, un lien, une étreinte. Tu es ce qui rassemble les morceaux épars de notre humanité. Tu es le pont jeté entre le cri et le chant, entre la terre et le ciel. Tu résistes à la linéarité, tu préfères les courbes, les spirales, les envolées. Tu es une écriture de l'instant qui s'inscrit dans l'éternité. Viens poésie, car sans toi le monde n'est qu'un mécanisme froid, une horloge dont on aurait perdu la clé. Tu es le souffle qui fait bouger les voiles de notre navire intérieur. Poésie résiste, poésie persiste, poésie existe par-delà les silences et les cris. Tu es la preuve que l'homme est plus grand que son destin, qu'il porte en lui un horizon que rien, absolument rien, ne pourra jamais enfermer. https://www.britannica.com/art/poetry-as-rebellion
Présentation de l'auteur
La poésie de la résistance et de l'invocation est un courant qui traverse les siècles, mais elle trouve une résonance particulière chez les poètes qui travaillent la matière même du langage comme une résistance physique. Ici, la poésie est vue comme une entité holométabole : elle doit résister à sa propre forme, se déconstruire dans l'expérimentation visuelle (les blancs, les répétitions, les signes typographiques) pour atteindre son stade d'imago, là où le mot devient un acte de présence pure.
Bibliographie
Éluard, Paul, Poésie et Vérité, 1942. Ponge, Francis, La Résistance des choses, 1944. Char, René, Fureur et Mystère, 1948. Deguy, Michel, Poésie & Cie, 1977. Prigent, Christian, Résister par la langue, 1989.