Le dépôt
439 - ZOOM JAMMES
J’aime l’âne si doux marchant le long des houx. Il a peur des abeilles et guette les oreilles ; et l’on voit l’âne lents porter les paniers blancs. Il s’en va l’âne lent vers le moulin brillant. Il va d’un petit pas qu’on ne s’explique pas. Il porte des fardeaux sur son pauvre vieux dos. Il est doux l’âne gris qui porte les petits. https://www.poetica.fr/poeme-61/francis-jammes-j-aime-l-ane/
Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens de l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses au coin du feu. Si l’on m’avait demandé : qu’est-ce ? j’aurais dit : laissez-moi, cela ne signifie rien. J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre, quand la neige tombait lourdement sur la vitre. J’ai réfléchi pour rien. À présent je lis un titre au hasard d’un livre ouvert depuis septembre. Ma chambre est tranquille. On ne peut pas dire qu’elle soit triste. Elle est seulement vide de tout. https://www.poemes.co/il-va-neiger-dans-quelques-jours.html
La salle à manger est sombre. Un peu de jour entre par les volets qu’entrouvre la servante. Le vieux buffet de chêne a un air de servante qui attendrait sans rien dire un peu d’amour. Un vieux coucou se plaint. Un rayon de poussière danse dans l’ombre ainsi qu’un léger escalier. On sent l’odeur du linge et du vieux cellier, et celle de la fleur de la vigne légère. On sent que l’on est seul et que le temps s’en va, et que le cœur s’en va vers ce qui n’est plus là. https://www.poetica.fr/poeme-62/francis-jammes-la-salle-a-manger/
Mon Dieu, faites que quand il faudra venir vers Vous, aux jours où la poussière et la boue seront rousses, je sois comme cet âne au poil gris et si doux qui va porter là-bas des paniers de secousses. Faites que je m’en aille avec lui, le front bas, au milieu des brebis et des agneaux qui tètent, pour que je sois comme un de ces petits appas que les anges dérobent aux vieux jours de tempête. Faites que je m’en aille avec lui vers le ciel, parmi les saints chargés de fleurs et de miel. https://www.poemes.co/prier-pour-aller-au-paradis-avec-les-anes.html
Le ciel est noir. La terre est rousse. Le vent souffle. On entend les grelots des bœufs dans la montée. Le berger est entré dans sa vieille pantoufle, et la brebis s’endort, de la laine emportée. Le feu brûle au foyer. La fumée est légère. Le chien regarde l’ombre et la vitre mouillée. On sent que le bonheur est dans cette chaumière, et que l’âme s’endort, de la pluie essuyée. Le temps s’en va, le temps s’en va, la nuit est proche. Écoutez dans le vent le son de la cloche. https://www.laculturegenerale.com/francis-jammes-poemes-biographie/
Présentation
Francis Jammes est le poète de la simplicité rurale et de l'humilité. Loin des complexités du symbolisme de son époque, il a célébré la vie quotidienne des Pyrénées, les animaux, les jardins et les objets familiers. Son style se caractérise par une langue fluide, presque naïve en apparence, mais d'une grande précision émotionnelle. Poète chrétien, il voit dans la nature et la douceur des êtres humbles un reflet du divin. Son œuvre dégage une atmosphère de paix mélancolique et de ferveur pour les choses de la terre.
Bibliographie
Jammes, F., De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, Mercure de France, 1898. Jammes, F., Le Deuil des primevères, Mercure de France, 1901. Jammes, F., Clairières dans le ciel, Mercure de France, 1906. Jammes, F., Les Géorgiques chrétiennes, Mercure de France, 1912.