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449 - ZOOM SALABREUIL
POÈMES
ODE À LA VIE BRÈVE
Seront tombés deux doigts de pluie
Lorsqu’à l’appui noir de la nuit
Tu m’auras soufflé ce poème
Il est vrai pourtant que je t’aime
Et sans le dire une autre fois
Je replierai sitôt mes doigts
Tant est brève notre nuitée
D’oiseaux dans l’arbre de nos sens
Par milliers pour toi mes baisers
Qui sont aussi bien le silence
Source : La Liberté des feuilles, Gallimard, 1964
LÉPROSERIE D’ÉTOILES
Le soir après la pluie dans mon jardin
Beaucoup de gens battent des mains
Venez monsieur le poète venez voir
Les étoiles sont blanches dans le ruisseau noir
Beaucoup de gens sur l’angle bleu des myosotis
Ont piétiné la bourrée de l’impatience
Et bleui sans vouloir leurs brodequins de cuir
Avec le bleu ma délivrance avec mes myosotis
Venez quand même on a vu pire
On vous demandera pardon avec plein de pervenches
Je me suis donc vêtu de ma très pauvre peau
C’est tout ce que je mets entre le monde et moi
Mon cœur c’est ce qui bat le reste c’est le froid
Inerte et sans doute un oiseau s’endort
Dans vos cheveux car me voici
Deviner qu’on respire au creux
Des feuillages de mon jardin
Source : La Liberté des feuilles, Gallimard, 1964
DANS LA HAUTE ANNÉE BLANCHE
Dans la haute année blanche des couronnes
Je ne t’ai pas trouvée tombée au même amour
Où tu dors allongée dérivante en quels cieux
Je ne peux plus finir un rien me recommence
Une nuit te prenait la mort la terre un monde éteint
Tu portais signe d’aube à la tempe je me souviens
Source : Juste retour d’abîme, Gallimard, 1965
RAYONNEMENT DE NEIGE
Rayonnement de neige on poursuivrait
Par de l’ombre et des cris de lumière
Les pas de l’ange dans la neige fraîche
Et le silence qui se fend comme un fruit
Un peu de vent dans les branches nues
Et l’hiver qui se tait pour écouter
Source : L’Inespéré, Gallimard, 1969
POÈME DEPUIS LONGTEMPS
Il y a cette année
Beaucoup de neige dans mes poèmes
Et c’est aussi que l’hiver
A longtemps reblanchi notre monde
Or si je regarde bien
Dedans dehors un peu partout
J’aperçois des chevaux et des chiens
Qui marchent dans les fleurs au fond de l’eau
Comment ai-je pu tant dormir
Le ciel soudain n’est plus désert
Je reconnais des gens à leur sourire
Voici que je respire au bord de la lumière
Un autocar jaune apporte des arrosoirs
Un train pas bien long passe à travers le temps
Je vais au bout de mon petit couloir
Là est le jour la porte ouvre au printemps
Beaux brins de muguet et de bruyère
Source : La Liberté des feuilles, Gallimard, 1964
PRÉSENTATION
Jean-Philippe Salabreuil (1940-1970) est un poète français dont l’œuvre, bien que brève, a marqué la poésie du XXe siècle par sa luminosité et son inquiétude. Trois recueils constituent son œuvre :
- La Liberté des feuilles (1964, prix Félix Fénéon et Max Jacob),
- Juste retour d’abîme (1965),
- L’Inespéré (1969).
Son écriture, minimaliste et organique, explore :
- La fragilité de l’existence.
- La quête de sens à travers des images naturelles (feuilles, étoiles, neige).
- L’absence et la présence.
Salabreuil utilise une rythmique savante et imprévisible, sans ponctuation, pour créer une poésie fluide et intense. Son œuvre, solitaire et singulière, attend encore ses lecteurs.
BIBLIOGRAPHIE
- La Liberté des feuilles, Gallimard, 1964.
- Juste retour d’abîme, Gallimard, 1965.
- L’Inespéré, Gallimard, 1969.
- Éditeur : Gallimard (pour les trois recueils).
- Liens :
- La Liberté des feuilles sur Gallimard
- Biographie sur Universalis