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566 - ZOOM YVON
JOSÉE YVON
POÈMES
1. La Nuit des princes (extrait long)
Je suis la fille de la nuit
la fille de la rue
la fille de la folie
la fille de la fureur
Je marche sur les trottoirs
comme sur des lames
je ris aux éclats de rire
qui sont des éclats de verre
Je suis la reine des bars
la reine des ivrognes
la reine des amours
qui finissent en sanglots
Je porte des robes de soie
tachées de vin et de sang
je danse sur les tables
jusqu’à l’épuisement
Je suis la fille de la ville
la fille de la révolte
la fille de la poésie
qui crie dans la nuit
Référence : La Nuit des princes, Éditions de l’Hexagone, 1981.
2. Poèmes de la folie (extrait)
Je suis une folle
une folle à lier
une folle à enfermer
une folle à brûler
Je parle aux murs
je parle aux ombres
je parle aux fantômes
qui hantent mes nuits
Je suis une folle
qui rit qui pleure
qui hurle qui chante
qui danse qui tombe
Je suis une folle
qui écrit des poèmes
sur les murs des asiles
avec son propre sang
Référence : Poèmes de la folie, in Filles-commandos bandées, 1986.
3. Les Putes de la poésie (extrait)
Nous sommes les putes de la poésie
nous vendons nos mots
pour un verre de vin
pour un lit douillet
Nous sommes les putes de la nuit
nous offrons nos corps
aux poètes maudits
aux amants sans feu
Nous sommes les putes de la ville
nous crions nos vers
dans les ruelles sombres
où personne ne nous entend
Référence : Les Putes de la poésie, in Traversée de la nuit, 1990.
4. La Vie en rose et noir (extrait)
La vie n’est pas rose
la vie est noire
la vie est une plaie
qui ne se referme pas
La vie est un bar
où l’on boit seul
la vie est un lit
où l’on dort mal
La vie est un poème
mal écrit
la vie est un cri
étouffé dans la gorge
Référence : La Vie en rose et noir, Éditions du Noroît, 1995.
Je suis une femme (extrait)
Je suis une femme
qui n’a pas peur des mots
je suis une femme
qui n’a pas peur des hommes
Je suis une femme
qui marche la nuit
je suis une femme
qui parle aux étoiles
Je suis une femme
qui écrit des poèmes
je suis une femme
qui ne se tait pas
Référence : Je suis une femme, in Délires et délires, 2000.
PRÉSENTATION
Josée Yvon (1950–1994) est une poétesse québécoise associée à la contre-culture des années 1970–1980. Née à Montréal, elle incarne une poésie crue, rebelle et féministe, marquée par l’expérience de la rue, de la folie et de la marginalité. Son écriture, à la fois violente et lyrique, explore les thèmes de la révolte, de la sexualité, de la précarité et de la liberté. Yvon a vécu dans la pauvreté, l’alcoolisme et les hospitalisations psychiatriques, mais sa poésie reste un cri de résistance et de beauté brute.
Son œuvre, souvent comparée à celle de Sylvia Plath ou d’Anne Sexton, est un mélange de prose poétique et de vers libres, où l’autobiographie se mêle à la fiction. Elle a marqué la scène littéraire québécoise par son refus des conventions et son engagement sans compromis.
BIBLIOGRAPHIE
- Œuvres majeures :
- La Nuit des princes, Éditions de l’Hexagone, 1981.
- Filles-commandos bandées, Éditions du Remue-ménage, 1986.
- Traversée de la nuit, Éditions du Noroît, 1990.
- Délires et délires, L’Oie de Cravan, 2000.
- Études critiques :
- Josée Yvon : la poésie comme survie, de Louise Dupré, Éditions du Remue-ménage, 1998.
- Les Filles en feu : Josée Yvon et la poésie féministe, collectifs, Éditions Triptyque, 2005.