Le dépôt
628- ZOOM FRÉNAUD
POÈMES
- Les Rois mages Extrait : Nous sommes les rois de l’ombre et du silence, Nous portons nos dons comme un poids de souffrance, Et nos pas sont lourds sur la neige et le vent.
- Il n’y a pas de paradis Extrait : Ni des lieux perfides l’arrangement grenat, Ni du vaisseau houleux le reflux, Ni des nuages solennels, Ni du terrible automne des oiseaux traînant bas, Ni de l’abîme hostile, ni du jour où nous oubliâmes L’appel avec l’oubli et l’île et le vaisseau...
- La Sorcière de Rome Extrait : DANS TA FORTERESSE Si elle ne connaît pas ma demeure, à moi aussi obscure, Elle distinguera parmi la broussaille Mes flèches, mes signes. Et si elle ne sait pas voir, mon désert l’entreprendra Et l’acheminera.
- Poèmes de dessous le plancher Extrait : La nuit est un pays sans frontières, Où l’on marche à tâtons, où l’on se perd, Où l’on se retrouve parfois.
- La Noce noire Extrait : Où est mon pays ? La question reste sans réponse, Comme un écho dans le vent.
PRÉSENTATION
André Frénaud, né le 26 juillet 1907 à Montceau-les-Mines et mort le 21 juin 1993 à Paris, est l’un des poètes français les plus marquants de la seconde moitié du XXe siècle. Issu d’une famille modeste, il étudie la philosophie et le droit à Paris, puis devient lecteur de français à l’université de Lwów (Pologne) en 1930. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il publie ses premiers poèmes sous le pseudonyme de Benjamin Phelisse dans des revues clandestines comme L’Honneur des poètes, dirigée par Paul Éluard.
Son œuvre, ancrée dans l’histoire et la condition humaine, se caractérise par une langue à la fois dense et accessible, mêlant lyrisme et gravité. Frénaud explore les thèmes de l’exil, de la mémoire, de la résistance et de la quête de sens, avec une attention particulière portée à la matérialité du monde et à la fragilité de l’existence. Il noue des amitiés durables avec des peintres comme Raoul Ubac et Jean Bazaine, et collabore avec des artistes pour illustrer ses recueils.
Fonctionnaire de 1937 à 1967, il publie exclusivement des poèmes, refusant toute concession aux modes littéraires ou politiques. Son style, tantôt ample tantôt minimal, est marqué par une exigence éthique et une recherche de vérité. Il reçoit le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 1973 et le Grand Prix national de poésie en 1985. Son œuvre, souvent qualifiée de « poésie à hauteur d’homme », reste une référence majeure de la poésie contemporaine.
BIBLIOGRAPHIE
- Les Rois mages (1943)
- Poèmes de dessous le plancher (1949)
- Il n’y a pas de paradis (1962)
- La Sorcière de Rome (1974)
- Notre inhabileté fatale (1979)
- Nul ne s’égare (1986)