Le dépôt
605 - ZOOM TCHICAYA U TAM'SI
POÈMES
- J’étais nu pour le premier baiser de ma mère
- Natte à tisser
- il venait de livrer le secret du soleil
- et voulut écrire le poème de sa vie
- pourquoi des cristaux dans son sang
- pourquoi des globules dans son rire
- il avait l’âme mûre
- quand quelqu’un lui cria sale tête de nègre
- depuis il lui reste l’acte suave de son rire
- et l’arbre géant d’une déchirure vive
- qu’était ce pays qu’il habite en fauve
- derrière des fauves devant derrière des fauves
- son fleuve était l’écuelle la plus saine
- parce qu’elle était de bronze
- parce qu’elle était sa chair vivante
- c’est alors qu’il se dit non ma vie n’est pas un poème
- voici l’arbre voici la pierre
- voici le feu voici la mer
- voici le temps voici la mort
- voici l’amour voici la haine
- voici la vie voici le rêve
- voici le cri voici le silence
- voici l’homme voici le mondebabelio.com.
Contre-Destin
- À la hauteur des vents hisser les poitrails
- tout sauvegarder le rire blanc et le soleil rouge et natal
- ébène ebony blues chant toujours rage
- Il n’y a plus de soleils couchants
- Il y a l’herbe vorace
- Il y a le feu plus vorace
- les peines poilues des bras pauvres
- les transes mimées quelle agonie
- j’aurais pu être sicaire au service de la reine ngalifourou
- je n’ai même pas eu cet alibibabelio.com.
Mauvais Sang
- Pousse ta chanson
- Mauvais sang
- comment vivre
- l’ordure à fleur de l’âme
- être à chair regret
- Je suis un homme de la nuit
- un homme de la faim
- un homme de la révolte
- un homme de la liberté
- un homme de l’espoir
- Je suis un homme de la vieuniversalis.fr.
Feu de brousse
- (Extrait)
- Je suis le feu qui brûle
- Je suis la cendre qui reste
- Je suis le vent qui souffle
- Je suis la terre qui tremble
- Je suis l’eau qui coule
- Je suis le sang qui coule
- Je suis la vie qui passe
- Je suis la mort qui vient
- Je suis l’homme qui crie
- Je suis l’homme qui rit
- Je suis l’homme qui pleure
- Je suis l’homme qui espèreleshommessansepaules.com.
Épitomé
- (Extrait)
- Je suis celui qui parle pour son pays
- celui qui porte la parole et le cri
- celui qui marche entre les ombres et la lumière
- celui qui danse sur les braises du temps
- celui qui chante les peines et les joies
- celui qui rêve les rêves des ancêtres
- celui qui lutte contre l’oubli
- celui qui invente l’avenirmediatheques-congo.org.
PRÉSENTATION
Tchicaya U Tam’si (1931-1988), de son vrai nom Gérald-Félix Tchicaya, est un poète, romancier, dramaturge et conteur congolais, né à Mpili près de Brazzaville. Fils de Jean-Félix Tchicaya, premier député noir de l’Afrique équatoriale française, il quitte le Congo à 15 ans pour la France, où il publie ses premiers poèmes dès 1955 sous le pseudonyme U Tam’si (« petite feuille qui parle pour son pays »). Son œuvre, marquée par le surréalisme et une rupture avec la négritude classique, explore l’angoisse existentielle, la quête d’identité, et la souffrance du Congo, notamment après l’assassinat de Lumumba. Il est considéré comme l’un des plus grands poètes africains, avec une écriture éclatée, baroque, et une parole dense, exigeante, qui mêle lyrisme et révolte. Ses recueils majeurs (Mauvais Sang, Feu de brousse, Épitomé, Arc musical, La Veste d’intérieur) et ses romans (Les Cancrelats, Les Méduses) témoignent d’une quête perpétuelle de sens et d’une résistance face à l’oppressionen.wikipedia.org+2.
BIBLIOGRAPHIE
- Le Mauvais Sang, 1955.
- Feu de brousse, 1957.
- À triche-cœur, 1960.
- Épitomé, 1962.
- Le Ventre, 1964.
- Arc musical, 1968.
- La Veste d’intérieur, 1977.
- Œuvres complètes (3 tomes), Gallimard, coll. « Continents noirs ».
- Les Cancrelats (roman), 1980.
- Les Méduses (roman), 1982.
- Ces fruits si doux de l’arbre à pain (roman), 1987.