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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

638 - ZOOM BERNARDIN DE SAINT PIERRE

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

SÉLECTION DE TEXTES




L'Enfance de Paul et Virginie (extrait de Paul et Virginie)


Ils n'avaient point de leçons mais ils s'instruisaient par les objets eux-mêmes. Ils connaissaient le nom des plantes et des arbres et la demeure de chaque oiseau. Leurs plaisirs étaient simples et leurs douleurs étaient courtes. Ils se tenaient par la main comme deux enfants perdus dans le jardin du monde. On les voyait courir sur le sable au bord de la mer ou se reposer sous l'ombre d'un grand palmier. Leur amitié était une prière continuelle à la nature qui les avait fait naître pour s'aimer. Ils ne savaient pas que le monde existait au-delà de leur île et qu'il y avait d'autres hommes que leurs mères et leurs serviteurs. Leur âme était pure comme l'eau des sources qui coulait à leurs pieds. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040317v/f32.item




L'Harmonie de la Nature (extrait des Études de la Nature)


Tout dans la nature est lié par des harmonies secrètes. Le soleil n'éclaire pas seulement la terre il réchauffe le cœur de l'homme. Les oiseaux ne chantent pas seulement pour plaire à l'oreille ils annoncent le retour des saisons et la bonté du Créateur. Chaque fleur a sa couleur et son parfum pour attirer l'insecte qui doit la féconder. Rien n'est inutile dans l'univers pas même la tempête qui purifie l'air ni le volcan qui donne de la force au sol. Si l'homme savait regarder il verrait partout des preuves de la providence. La nature est un livre ouvert où l'on peut lire à chaque page la sagesse et l'amour de celui qui a tout créé pour notre bonheur. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040317v/f84.item




Le Naufrage de Virginie (extrait de Paul et Virginie)


La mer s'élevait en montagnes d'écume et le navire craquait sous les coups du vent. On voyait au loin la côte de l'île mais elle semblait inatteignable. Virginie était sur le pont les mains jointes et les yeux levés vers le ciel. Elle refusait de quitter ses vêtements pour se jeter à l'eau car sa pudeur lui était plus chère que sa vie. Paul l'appelait depuis la rive avec des cris de désespoir. Un dernier coup de mer brisa le vaisseau et tout disparut dans l'abîme. On retrouva le corps de Virginie sur le sable elle tenait encore contre son cœur le portrait de son ami. Elle était morte comme elle avait vécu dans l'innocence et la vertu sacrifiée aux préjugés d'un monde lointain. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040317v/f156.item




La Vertu du Travail (extrait de La Chaumière indienne)


Le bonheur n'est pas dans les palais ni dans les honneurs il est dans le travail des mains et la paix de l'esprit. Le paria qui cultive son petit champ est plus heureux que le roi qui tremble sur son trône. Dieu a donné à l'homme la terre pour qu'il la féconde et pour qu'il y trouve sa subsistance. Chaque graine que l'on sème est une espérance chaque récolte que l'on fait est une victoire. La sueur du front est la rosée de l'âme elle nous purifie de nos passions et nous rend forts contre l'adversité. Travaillez mes amis car le travail est la loi de la vie et la source de toutes les vertus. Celui qui ne fait rien est un parasite qui dévore la part des autres sans jamais rien donner en retour. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040317v/f198.item




L'Adieu au Monde (extrait des Études de la Nature)


Je vois approcher le terme de mes jours sans crainte et sans regret. J'ai aimé la nature j'ai cherché la vérité j'ai essayé de soulager la misère de mes semblables. Je m'en vais vers un pays où il n'y a plus de tempêtes ni de larmes. Je laisse derrière moi mes écrits comme des semences jetées au vent en espérant qu'ils feront fleurir un peu de bonté dans le cœur de ceux qui me liront. Ne me pleurez pas mais regardez les fleurs et les étoiles car c'est là que je serai désormais. L'âme humaine est immortelle comme la lumière et elle retourne à sa source après avoir traversé les ombres de la terre. Adieu monde que j'ai tant admiré je m'endors dans le sein de la nature éternelle. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040317v/f245.item




PRÉSENTATION


Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre né en 1737 au Havre et mort en 1814 à Éragny est l'un des écrivains les plus influents de la fin du XVIIIe siècle. Ami intime de Jean-Jacques Rousseau il a poussé jusqu'à ses limites l'esthétique de la sensibilité et le culte de la nature. Son roman Paul et Virginie chef-d'œuvre de la littérature universelle a marqué des générations de lecteurs par son exotisme son pathétique et son exaltation de la vertu. Dans ses Études de la Nature il a tenté de fonder une science poétique basée sur les harmonies universelles cherchant à prouver l'existence de Dieu par la beauté et l'utilité du monde physique. Son style coloré et mélodieux a ouvert la voie au romantisme en introduisant dans la langue française une richesse descriptive nouvelle pour peindre les paysages lointains et les émotions de l'âme.




BIBLIOGRAPHIE


Voyage à l'Île de France, 1773.

Études de la Nature (3 volumes), 1784.

Paul et Virginie, 1788.

La Chaumière indienne, 1790.

Harmonies de la Nature, posthume.