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660 - ZOOM MERRILL
POÈMES
1. Les Gammes (poème complet)
(Un poème emblématique de son premier recueil, où Merrill explore la musicalité et la fluidité du vers.)
Les Gammes
je suis comme un enfant qui joue sur les touches d’un piano oublié dans un salon désert, et qui cherche en tremblant les notes qui s’envolent, les accords qui s’éteignent dans l’ombre incertaine.
les doigts légers effleurent les ivoires, et chaque note est un rêve qui s’enfuit, un souffle qui s’éteint, une larme qui tombe, un écho qui se perd dans la nuit.
je joue sans savoir, je joue sans comprendre, et pourtant, dans ce jeu, il y a des harmonies, des mélodies secrètes, des chants inconnus, qui montent vers le ciel comme des prières.
et quand mes doigts se lassent et que les touches se taisent, il reste un silence plein de musique, un silence où résonnent encore les accords, un silence où chantent les rêves endormis.
2. Petits Poèmes d’Automne (poème complet)
(Un poème où Merrill évoque la mélancolie de l’automne avec une sensibilité symboliste.)
Petits Poèmes d’Automne
sous les souffles étouffés des vents ensorceleurs, j’entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves : car voici venir l’heure où dans des lueurs brèves les feuilles des forêts entonnent, chœur en pleurs, l’automnal requiem des soleils et des sèves.
la bonne pluie, comme un frais pardon, sur la route qui poudroie au soleil, et parmi les jardins de ce printemps vermeil, c’est le tintement clair des gouttes qui font des ronds dans l’eau glauque des citernes.
sur les collines, les nuages roses cernent amoureusement le léger horizon, comme des lèvres humides d’anges.
et dans ce paysage où tout s’efface, où tout se fond en une douce mélancolie, je sens monter en moi un chant d’adieu, un chant qui s’élève vers le ciel, comme une prière, comme un dernier soupir.
3. Les Fastes (extrait long)
(Un poème où Merrill mêle mythologie et modernité, avec une langue à la fois riche et fluide.)
Les Fastes
les dieux sont partis, les temples sont vides, les autels ne fumant plus que de froids encens, et les prières montent vers des cieux indifférents, comme des fumées perdues dans le vent.
mais parfois, le soir, quand la lune se lève, on croit voir, dans l’ombre des colonnes brisées, les ombres des dieux qui errent, silencieuses, comme des spectres regrettant leur gloire passée.
et les hommes, qui ne croient plus en rien, qui marchent sans but, sans espoir, sans foi, entendent parfois, dans le silence de la nuit, un murmure, un chant, un souffle lointain, qui leur rappelle qu’il fut un temps où le monde était peuplé de rêves et de dieux.
4. Les Quatre Saisons (extrait long)
(Un poème où Merrill célèbre la nature et les cycles de la vie, avec une sensibilité lyrique.)
Les Quatre Saisons
le printemps est un enfant qui rit, qui court dans les prés, qui cueille les fleurs, qui chante des chansons sans fin, et dont les rires sont plus clairs que les eaux.
l’été est un jeune homme ardent, qui brûle d’amour, qui rêve d’aventure, qui court après les chimères, et dont les nuits sont des fêtes sans fin.
l’automne est un homme mûr, qui médite, qui se souvient, qui pleure, qui regarde tomber les feuilles, et dont les jours sont des adieux.
l’hiver est un vieux sage, qui se tait, qui écoute, qui attend, qui regarde la neige tomber, et dont les nuits sont des veillées silencieuses.
5. Une Voix dans la Foule (poème complet)
(Un poème où Merrill exprime son engagement social et sa compassion pour les opprimés.)
Une Voix dans la Foule
je suis une voix qui crie dans la foule, une voix qui chante la douleur des hommes, une voix qui pleure la misère du monde, une voix qui espère un jour de justice.
je suis une voix qui parle pour ceux qui se taisent, pour ceux qui souffrent, pour ceux qui pleurent, pour ceux qui n’ont pas de pain, pas de toit, pas d’espoir, pour ceux qui marchent, courbés sous le poids de la vie.
je suis une voix qui chante la révolte, qui chante l’espoir, qui chante la liberté, qui chante un monde où les hommes seront frères, où la justice régnera, où l’amour sera loi.
PRÉSENTATION
Stuart Merrill, de son nom complet Stuart Fitzrandolph Merrill, est né le 1ᵉʳ août 1863 à Hempstead (New York) et mort le 1ᵉʳ décembre 1915 à Versailles. il est un poète symboliste américain d’expression française, une figure majeure du mouvement symboliste et un passeur entre les cultures américaine et française.
Une vie entre deux mondes
fils d’un diplomate américain, merill passe son enfance à paris, où il étudie au lycée condorcet. il y fréquente les futurs symbolistes, comme rené ghil et éphraïm mikhaël. en 1884, il retourne aux états-unis pour étudier le droit, mais il revient rapidement en france, où il s’impose comme l’un des théoriciens du symbolisme.
il collabore à de nombreuses revues, comme le mercure de france, la revue indépendante, et le chat noir. il est aussi un traducteur important, faisant découvrir aux lecteurs français des auteurs comme walt whitman, oscar wilde, et w.b. yeats.
Un poète entre musicalité et engagement
l’œuvre de merill est marquée par :
- une quête de musicalité : il cherche à utiliser les mots comme des notes de musique, créant des poèmes où la sonorité prime sur le sens. ses recueils, comme les gammes (1887) et les fastes (1891), sont des explorations de la rythmique et de la mélodie du vers.
- une sensibilité symboliste : ses poèmes évoquent des paysages intérieurs, des rêves, des mythes, avec une langue à la fois précise et évocatrice.
- un engagement social : dans des œuvres comme une voix dans la foule (1909), il exprime sa compassion pour les opprimés et son espoir en un monde plus juste.
Un héritage littéraire
merill a joué un rôle central dans le mouvement symboliste, en tant que poète, traducteur, et théoricien. son œuvre, bien que moins connue aujourd’hui, a influencé des générations de poètes, notamment les surréalistes et les poètes de l’école romane.
il reste un passeur entre les cultures, un artisan de la modernité poétique, et un poète dont l’œuvre, à la fois mélodieuse et engagée, continue de fasciner par sa profondeur et sa beauté.
BIBLIOGRAPHIE
- Les Gammes (1887)
- Les Fastes (1891)
- Petits Poèmes d’Automne (1895)
- Les Quatre Saisons (1900)
- Une Voix dans la Foule (1909)