Le dépôt
590 - ZOOM YACINE
POÈMES
1. Soliloques (extrait long, 1946)
Ce soir ma vie sanglote avec des cris de joie Ce soir ma vie s’éveille avec des pleurs de nuit Ce soir ma vie s’envole avec des ailes de feu Ce soir ma vie s’éteint avec des mots de cendre Je suis l’homme aux semelles de vent Je suis l’homme aux yeux de braise Je suis l’homme aux mains de pierre Je suis l’homme au cœur de flamme Je marche sur les routes du monde Je chante les chants de la révolte Je porte les rêves des hommes Je porte les chaînes des peuples
Référence : Soliloques, Bône, 1946kapitalis.com+1.
2. Nedjma ou le poème ou le couteau (extrait long, 1948)
Nedjma, étoile filante Nedjma, lame de lumière Nedjma, cri dans la nuit Nedjma, sang sur la pierre Je te cherche dans les ruines Je te cherche dans les flammes Je te cherche dans les larmes Je te cherche dans les armes Nedjma, tu es la patrie Nedjma, tu es la révolte Nedjma, tu es l’amour Nedjma, tu es la mort
Référence : Nedjma ou le poème ou le couteau, inédit, 1948fabula.org.
3. Poème inédit (extrait, 1947)
Lourdes armées de marins gonflèrent le remous de la poudre Et les vagues, les vagues, les vagues Se brisèrent sur les rochers de l’histoire Comme des crânes, comme des rêves Les canons tonnèrent dans la nuit Les fusils craquèrent dans le vent Les cris s’éteignirent dans le sang Les corps s’entassèrent sur le sable Mais la mer, la mer, la mer Chanta toujours sa chanson de liberté Et les étoiles, les étoiles, les étoiles Veillèrent sur les morts et les vivants
Référence : Poème inédit, 1947orientxxi.info.
4. La Gueule du Loup (extrait long, 1961)
La gueule du loup s’ouvre sur la nuit La gueule du loup dévorera la lune La gueule du loup crache le feu et le sang La gueule du loup hurle la révolte Je suis le loup, je suis la nuit Je suis le feu, je suis le sang Je suis la révolte, je suis la vie Je suis la mort, je suis l’amour La gueule du loup est ma patrie La gueule du loup est mon drapeau La gueule du loup est mon poème La gueule du loup est mon couteau
Référence : La Gueule du Loup, 1961poemes.co.
5. Poèmes de mon nouvel âge (extrait long, 1998)
Je suis né dans le feu Je suis né dans le sang Je suis né dans la révolte Je suis né dans l’amour Je marche sur les braises Je danse sur les ruines Je chante sur les tombes Je ris dans les larmes Je suis le fils de la nuit Je suis le fils du jour Je suis le fils de la terre Je suis le fils du ciel
Référence : Poèmes de mon nouvel âge, Edmond Chemin, 1998kapitalis.com.
PRÉSENTATION
Kateb Yacine (1929–1989), né à Constantine (Algérie), est un poète, romancier, dramaturge et militant algérien, figure majeure de la littérature maghrébine francophone. Son œuvre, marquée par une écriture flamboyante, éruptive et éclatante, explore les thèmes de l’exil, de la révolte, de la quête identitaire et de la libération nationale. Il est notamment connu pour son roman Nedjma (1956), mais sa poésie est tout aussi puissante, souvent considérée comme visionnaire et révolutionnaire.
Caractéristiques de sa poésie
- Un lyrisme combatif : Kateb Yacine écrit une poésie engagée, où chaque mot est une arme, chaque image une explosion. Ses textes mêlent amour et révolution, désespoir et espérance.
- Une poésie de la révolte : Ses poèmes sont des cries de colère contre la colonisation, l’oppression, et l’injustice. Ils célèbrent aussi la résistance et la liberté.
- Une écriture hybride : Il utilise un langage poétique et musical, mêlant français, arabe dialectal et berbère, créant une langue nouvelle, à l’image de l’Algérie plurielle.
- Une dimension mythique : Ses textes sont peuplés de symboles (Nedjma, le loup, la nuit, le couteau) qui deviennent des archétypes de la lutte et de l’identité algérienne.
Parcours et influences
- Un engagement précoce : Dès 15 ans, il écrit Soliloques (1946), puis participe activement à la lutte pour l’indépendance. Emprisonné en 1945 après les massacres de Sétif, il en sort poète et révolté.
- Un fondateur de la littérature algérienne moderne : Nedjma (1956) est considéré comme l’acte de naissance de la littérature algérienne moderne, libérée des carcans coloniaux.
- Un passeur de cultures : Il écrit en français, mais aussi en arabe dialectal pour le théâtre populaire, et voyage entre l’Algérie, la France et le monde.
- Prix et distinctions : Il reçoit le Grand Prix national des Lettres en 1987, et son œuvre est aujourd’hui enseignée et célébrée comme un monument littéraire.
BIBLIOGRAPHIE
- Œuvres poétiques majeures :
- Soliloques, Bône, 1946.
- Nedjma ou le poème ou le couteau, inédit, 1948.
- La Gueule du Loup, 1961.
- Poèmes de mon nouvel âge, Edmond Chemin, 1998.
- L’Œuvre en fragments (inédits et textes retrouvés), Sindbad, 1986.
- Études critiques :
- Kateb Yacine : le cœur entre les dents, Benamar Mediene et Gilles Perrault, Robert Laffont, 2006.
- La Poétique de Kateb Yacine : l’autobiographie au service de l’histoire, Naget Khadda, L’Harmattan, 2012.
- Kateb Yacine, une vie, une œuvre, Marion Thiba, France Culture, 1998fabriquedesens.net.