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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

591 - ZOOM DE PARNY

ÉVARISTE DE PARNY




Le Revenant


Ma belle amie, au milieu de la nuit, À ton chevet mon ombre doit descendre ; Pâle, sans voix, et sans faire de bruit, Je reviendrai t’embrasser dans ta cendre. Puis, je fuirai quand l’étoile du jour D’un nouveau jour marquera la naissance : Mais un moment j’aurai de ta présence Goutté le fruit qu’on ne doit qu’à l’amour. Auprès de toi si ton amant sommeille, Le malheureux frémira dans tes bras ; Car pour ton fils un rival se réveille, Et tu verras ce qu’il ne verra pas. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510443w/f59.item




À Éléonore


On ne peut pas aimer toujours ; Et l’amitié, ce froid partage, Après le temps des premiers jours, Est le destin du plus bel âge. Tu te plains que mes feux s’éteignent, Que je deviens un peu distrait ; Mais les amants qui se contraignent N’ont plus l’amour pour seul objet. Si mon regard est moins avide, Si mon transport est moins pressant, Le cœur n’en est pas plus livide, Il est seulement plus constant. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510443w/f27.item




Le Matin

L'aurore commence à briller Sur les sommets de la montagne ; Le berger quitte son foyer Pour conduire ses pas dans la campagne. Déjà l'oiseau sur le buisson A préludé par son ramage, Et de sa naïve chanson Il réveille tout le voisinage. Tout se ranime avec le jour, La nature semble plus belle ; Elle sourit à la nacelle Qui ramène un objet d'amour. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510443w/f112.item




La promenade


Sous ces berceaux de fleurs et de verdure, Où le zéphyr se joue avec les eaux, Vient un instant goûter le frais murmure Et le concert de mille petits oiseaux. Éléonore, ici tout nous appelle ; La volupté respire dans ces lieux ; Vois cette rose, elle est moins fraîche qu’elle, Mais son éclat ne blesse point les yeux. Donne ta main, que mon bras t’environne ; Égarons-nous dans ce sombre réduit ; Le jour s’efface, et l’ombre nous ordonne De profiter du calme de la nuit. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510443w/f45.item




Chanson madécasse II


Méfiez-vous des blancs, habitants du rivage. Du temps de nos pères, des blancs descendirent dans cette île. On leur dit : Voilà des terres ; que vos femmes les cultivent. Soyez justes, soyez bons, et devenez nos frères. Les blancs promirent, et cependant ils faisaient des retranchements. Un fort s’éleva ; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d’airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connaissions pas ; ils nous parlèrent enfin d’obéissance et d’esclavage : plutôt la mort ! https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510443w/f195.item




PRÉSENTATION


Évariste de Parny né en 1753 à l'île Bourbon actuelle Réunion et mort en 1814 à Paris est un poète français majeur de la fin du XVIIIe siècle. Officier de carrière il se fait connaître par ses Poésies érotiques parues en 1778 qui introduisent une sensibilité nouvelle et une mélancolie pré-romantique dans la poésie amoureuse française. Ses vers dédiés à Éléonore marquent par leur naturel leur simplicité et une sensualité délicate loin de l'emphase classique. Il est également l'auteur des Chansons madécasses premières traductions ou imitations de poésies indigènes qui annoncent l'exotisme et la critique du colonialisme. Admiré par Chateaubriand Lamartine et Pushkin il entre à l'Académie française en 1803. Son œuvre opère une transition essentielle entre l'élégance du siècle des Lumières et le lyrisme passionné du XIXe siècle.




BIBLIOGRAPHIE


Poésies érotiques, Hardouin, 1778.

Chansons madécasses, Hardouin et Gattey, 1787.

La Guerre des Dieux, Didot, 1799.

Le Portefeuille volé, Debray, 1805.

Poésies complètes, Hardouin, 1808.