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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

617 - ZOOM GHIL

1. Extrait de Légende d’âmes et de sangs (1885)

Le sang bat dans les veines comme un tambour sourd, Et l’âme, en ses replis, chante son amour profond ; Le monde est un grand corps où tout, dans l’infini, S’éveille, s’entend, vit ! — et l’Homme, en son génie, Y voit luire l’éclair des astres éternels, Y sent monter en lui les flots des océans ! Ô vous, qui dans l’Ombre avez vu luire l’Aube, Qui savez, sous le Voile, l’Éclat de la Flamme, Et que, dans le Rêve, un Souffle enveloppe Comme un Manteau d’Or aux plis de l’Âme…

2. Extrait de Dire du mieux (1889)

Vie, et ride des eaux, depuis que hors l’amère Navrure de ses Yeux sous les cieux de l’Ère L’Homme, en son sang, vit ! — et que, dans l’onde claire, L’Être, en son souffle, luit !… Le temps n’est plus où, seul, l’Esprit se déployait En des sphères d’azur que nul souffle n’effleure : Maintenant, c’est la Chair qui chante et qui s’émeut, C’est le Corps qui s’élance et qui grandit en l’Heure !

3. Extrait de Le Vœu de vivre (1898)

Ô toi, qui dans l’Ombre as vu luire l’Aube, Qui sais, sous le Voile, l’Éclat de la Flamme, Et que, dans le Rêve, un Souffle enveloppe Comme un Manteau d’Or aux plis de l’Âme… L’Univers est un Temple où chaque Atome chante, Où chaque Étoile est un Œil qui nous regarde, Où chaque Onde est une Voix qui nous enchante, Et chaque Souffle un Esprit qui nous guide !

4. Extrait de Dire des sangs (1898)

Les sangs, dans les veines, sont des fleuves qui roulent Leur flot rouge et brûlant, leur flot de vie et d’amour ; Les cœurs sont des forges où les métaux s’écroulent, Où le feu des passions consume chaque jour. Et l’Homme, debout, voit, dans l’immensité noire, Les mondes s’allumer, les mondes s’éteindre, Et, dans son propre sang, il sent monter l’Histoire, Il sent monter en lui l’Humanité sans fin !

5. Extrait de Le Pantoun des pantoun (1902)

L’Univers est un grand Livre où chaque page est un Monde, Où chaque mot est un Astre, où chaque lettre est un Son ; Et l’Homme, en son génie, y lit l’Éternel Ronde Des sphères qui s’enlacent dans l’Infini profond. Le Temps n’est qu’un Souffle, et l’Espace un Rêve, Et la Matière un Chant, et la Vie un Poème ; Tout est Un, tout est Multiple, et tout s’élève Vers la Lumière où tout se résout en lui-même !




PRÉSENTATION


René Ghil (1862-1925), né à Tourcoing, est un poète français majeur du symbolisme, souvent considéré comme l’un des plus ambitieux et des plus controversés de sa génération. Disciple de Mallarmé, il rompt rapidement avec le maître pour développer une « poésie scientifique » et une « instrumentation verbale », systématisant les correspondances entre sons, couleurs, musique et émotions. Son œuvre, marquée par un vocabulaire néologique et une syntaxe personnelle, vise à créer une langue poétique universelle, capable de transcender les arts. Ghil publie Légende d’âmes et de sangs (1885), Traité du verbe (1886, préface de Mallarmé), et un triptyque monumental : Dire du mieux, Dire des sangs, Dire de la loi. Malgré l’obscurité et la complexité de ses textes, il influence les avant-gardes futures (futuristes, surréalistes, Oulipo). Théoricien rigoureux, il défend une poésie ancrée dans le réel et la science, refusant l’idéalisme et l’égotisme. Il meurt en 1925, laissant une œuvre inclassable, à la fois hermétique et visionnairepoezibao.typepad.com+2.




BIBLIOGRAPHIE

  • Légende d’âmes et de sangs, 1885.
  • Traité du verbe, 1886.
  • Dire du mieux, 1889.
  • Dire des sangs, 1898.
  • Le Pantoun des pantoun, 1902.
  • De la poésie scientifique, 1909.
  • Le Vœu de vivre et autres poèmes (anthologie posthume), 2004.
  • Œuvres complètes (3 vol.), 1938.