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48 - ZOOM VALENCIA
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Luis Ernesto Valencia (1926–2009)
1. "Poema para ser leído en una cárcel" (Poème à lire en prison)
Source : Los poemas de la ofensa (1962, auto-édition).
Extrait (espagnol) :
Aquí estoy, señor juez, con mi traje de franela y mi corbata de seda, mi sombrero de paja y mis zapatos de charol, mi bastón de ébano y mi anillo de diamante, mi reloj de oro y mi cigarrillo de opio, mi sonrisa de ángel y mi mirada de demonio. No soy un ladrón, señor juez, soy un poeta, y los poetas no robamos: nos limitamos a pedir prestado lo que los demás no saben que tienen. No soy un asesino, señor juez, soy un amante, y los amantes no matamos: nos limitamos a besar lo que los demás no se atreven a tocar. No soy un blasfemo, señor juez, soy un creyente, pero creo en el diablo, que es más divertido que Dios y no exige tanto.
Traduction partielle :
Me voici, monsieur le juge, avec mon costume de flanelle et ma cravate de soie, mon chapeau de paille et mes souliers vernis, ma canne d’ébène et mon anneau de diamant, ma montre en or et ma cigarette d’opium, mon sourire d’ange et mon regard de démon. Je ne suis pas un voleur, monsieur le juge, je suis un poète, et les poètes ne volons pas : nous nous contentons d’emprunter ce que les autres ne savent pas qu’ils ont. [...] Je ne suis pas un blasphémateur, monsieur le juge, je suis un croyant, mais je crois au diable, qui est plus amusant que Dieu et n’exige pas autant.
2. "Canción de cuna para un ahogado" (Berceuse pour un noyé)
Source : Poemas prohibidos y de amor (1987, posthume).
Extrait (espagnol) :
Duerme, ahogado mío, que el mar te mece en sus brazos de espuma, que las sirenas te cantan nanas de sal, que los tiburones te hacen cosquillas con sus dientes. No temas al frío de la luna en tu frente, ni al peso de las algas en tu pecho, ni al silencio de los peces en tu oído. El mar es tu cama, las olas son tu manta, y yo soy el que vela tu sueño con un farol y un puñado de estrellas rotas.
Traduction partielle :
Dors, mon noyé, que la mer te berce dans ses bras d’écume, que les sirènes te chantent des berceuses de sel, que les requins te chatouillent avec leurs dents. Ne crains ni le froid de la lune sur ton front, ni le poids des algues sur ta poitrine, ni le silence des poissons à ton oreille. La mer est ton lit, les vagues sont ta couverture, et moi je veille ton sommeil avec un phare et une poignée d’étoiles brisées.
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3. "El Gigoló de los Dioses" (Le Gigolo des Dieux)
Source : Los poemas de la ofensa (1962).
Extrait (espagnol) :
Yo soy el que baila con la Virgen en los burdeles, el que le roba un beso a Dios mientras duerme, el que le hace el amor a la Muerte en las catedrales. Soy el que vende su alma por un trago de ron, el que juega a los dados con el Diablo y gana, el que se ríe de los santos y les roba las aureolas. No tengo patria ni bandera, mi único país es el vino, mi única ley es el deseo, mi único Dios es el placer.
Traduction partielle :
Je suis celui qui danse avec la Vierge dans les bordels, celui qui vole un baiser à Dieu pendant qu’il dort, celui qui fait l’amour à la Mort dans les cathédrales. Je suis celui qui vend son âme pour un verre de rhum, celui qui joue aux dés avec le Diable et gagne, celui qui se moque des saints et leur vole leurs auréoles. Je n’ai ni patrie ni drapeau, mon seul pays est le vin, ma seule loi est le désir, mon seul Dieu est le plaisir.
4. "Poema para ser leído en un burdel" (Poème à lire dans un bordel)
Source : Poemas prohibidos y de amor (1987).
Extrait (espagnol) :
Aquí, entre estos muslos de terciopelo y estos senos de mármol, donde el amor se vende por monedas de cobre, yo pregono la revolución. Que las putas sean las reinas, que los cornudos sean los reyes, que el amor sea un crimen y el dinero un delito. Aquí, donde el placer es un negocio, yo declaro la guerra a los banqueros, a los curas, a los militares, a todos los que venden el cielo y la tierra y no saben que el infierno es mucho más divertido.
Traduction partielle :
Ici, entre ces cuisses de velours et ces seins de marbre, où l’amour se vend pour des pièces de cuivre, je prêche la révolution. Que les putes soient les reines, que les cocus soient les rois, que l’amour soit un crime et l’argent un délit. Ici, où le plaisir est une affaire, je déclare la guerre aux banquiers, aux curés, aux militaires, à tous ceux qui vendent le ciel et la terre et ne savent pas que l’enfer est bien plus amusant.
5. "Canción del borracho" (Chanson de l’ivrogne)
Source : Antología nadaísta (1995, compilation).
Extrait (espagnol) :
Bebo porque el mundo es un hospital y yo soy el enfermo más elegante. Bebo porque los poetas serios son aburridos, y los aburridos no saben reír. Bebo porque el amor es un negocio, y el negocio es una estafa, y la estafa es un arte, y el arte es mi oficio. Bebo hasta que el suelo se mueva como un barco, hasta que las paredes canten óperas de Verdi, hasta que Dios se emborre y me pida disculpas por haber creado un mundo tan feo.
Traduction partielle :
Je bois parce que le monde est un hôpital et que j’en suis le malade le plus élégant. Je bois parce que les poètes sérieux sont ennuyeux, et que les ennuyeux ne savent pas rire. Je bois parce que l’amour est une affaire, et que l’affaire est une escroquerie, et que l’escroquerie est un art, et que l’art est mon métier. Je bois jusqu’à ce que le sol bouge comme un bateau, jusqu’à ce que les murs chantent des opéras de Verdi, jusqu’à ce que Dieu s’enivre et me demande pardon d’avoir créé un monde si laid.
Identité et contexte biographique
Luis Ernesto Valencia (1926–2009), surnommé "El Gigoló de los Dioses" (Le Gigolo des Dieux), est une figure majeure et controversée du mouvement nadaïste, fondé en 1958 par Gonzalo Arango. Poète, dandy, provocateur et anti-conformiste radical, Valencia incarne l’esprit subversif, hédoniste et blasphématoire du nadaïsme, tout en y apportant une dimension baroque, érotique et métaphysique.
Né à Bogotá en 1926, Valencia grandit dans un milieu bourgeois et catholique, qu’il rejettera avec violence. Il étudie la littérature et le droit, mais abandonne rapidement les institutions pour se consacrer à la poésie, à l’alcool, aux excès et à la provocation. Dans les années 1950–1960, il devient l’un des visages les plus emblématiques du nadaïsme, aux côtés de Gonzalo Arango, Jotamario Arbeláez et Eduardo Escobar.
Œuvre et style poétique
L’œuvre de Valencia se caractérise par :
- Un rejet radical des conventions : Il attaque l’Église, l’État, la bourgeoisie et la morale, avec un humour noir et une ironie mordante.
- Un érotisme provocateur : Ses poèmes célèbrent le corps, le désir et la débauche comme des actes de révolte contre l’ordre établi.
- Un baroquisme linguistique : Son style mêle images surréalistes, métaphores audacieuses et un langage cru, créant un mélange unique de lyrisme et de vulgarité.
- Une obsession pour la mort et le sacré : Valencia utilise souvent des symboles religieux (Dieu, le diable, les saints) pour les détourner et les profaner, dans une logique de blasphème joyeux.
Thèmes récurrents
- La provocation et le blasphème :
- Valencia se présente comme un "gigolo des dieux", c’est-à-dire un amant sacrilège des divinités, qui les séduit pour mieux les trahir.
- Exemple : Dans "El Gigoló de los Dioses", il écrit :
Yo soy el que baila con la Virgen en los burdeles, el que le roba un beso a Dios mientras duerme, el que le hace el amor a la Muerte en las catedrales.
- (Je suis celui qui danse avec la Vierge dans les bordels, / qui vole un baiser à Dieu pendant qu’il dort, / qui fait l’amour à la Mort dans les cathédrales.)
- L’érotisme et la transgression :
- Ses poèmes célèbrent le corps, le sexe et l’ivresse comme des armes contre la morale bourgeoise.
- Exemple : "Poema para ser leído en un burdel" (Poème à lire dans un bordel) :
Aquí, donde el placer es un negocio, yo declaro la guerra a los banqueros, a los curas, a los militares, a todos los que venden el cielo y la tierra y no saben que el infierno es mucho más divertido.
- (Ici, où le plaisir est une affaire, / je déclare la guerre aux banquiers, / aux curés, aux militaires, / à tous ceux qui vendent le ciel et la terre / et ne savent pas que l’enfer est bien plus amusant.)
- La mort comme compagne :
- Valencia aborde la mort avec un mélange de fascination et d’ironie, comme dans "Canción del borracho" (Chanson de l’ivrogne) :
Bebo hasta que el suelo se mueva como un barco,
hasta que las paredes canten óperas de Verdi, hasta que Dios se emborre y me pida disculpas por haber creado un mundo tan feo.
- (Je bois jusqu’à ce que le sol bouge comme un bateau, / jusqu’à ce que les murs chantent des opéras de Verdi, / jusqu’à ce que Dieu s’enivre et me demande pardon / d’avoir créé un monde si laid.)
- L’ivresse comme métaphore de la liberté :
- L’alcool, chez Valencia, est un symbole de rébellion et une porte vers d’autres réalités.
- Exemple : "Bebo porque el mundo es un hospital" (Je bois parce que le monde est un hôpital).
Principaux recueils et publications
- Los poemas de la ofensa (1962) : Recueil fondateur, où il développe son style provocateur et baroque.
- Poemas prohibidos y de amor (1987) : Publie posthume, rassemble des textes érotiques et politiques.
- Antología nadaísta (1995) : Contient plusieurs de ses poèmes, aux côtés d’autres nadaïstes.
- Cartas a un joven poeta nadaísta (2015) : Recueil de lettres et essais, utile pour comprendre sa pensée.
Contexte historique et culturel
Le nadaïsme, né en 1958, est un mouvement anti-establishment, qui rejette toutes les formes d’autorité (littéraire, politique, religieuse). Ses membres, dont Valencia, prônent :
- La liberté absolue en art et en vie.
- L’humour noir et la provocation comme armes contre la société bourgeoise.
- L’ivresse, la débauche et la folie comme moyens de transcender les limites.
Valencia incarne parfaitement cet esprit :
- Dandy et décadent, il vit dans l’excès (alcool, sexe, drogues).
- Poète maudit, il est haï par les conservateurs et adoré par les marginaux.
- Blasphémateur joyeux, il transforme la profanation en art.
Postérité et héritage
- Figure culte du nadaïsme : Valencia est considéré comme l’un des plus grands poètes du mouvement, aux côtés de Gonzalo Arango.
- Influence sur la contre-culture colombienne : Son œuvre a inspiré des générations d’artistes rebelles, des poètes aux musiciens punk.
- Réédition de ses œuvres : Ses textes sont réédités et étudiés en Colombie, notamment par des universitaires comme Hernán Gómez (Universidad de Antioquia).
- Légende urbaine : Des rumeurs persistent sur sa vie décadente et son death mystique (il serait mort dans la misère, après une vie d’excès).
Citations clés pour comprendre son œuvre
- Sur la poésie comme arme : "La poesía no es un adorno, es un cuchillo clavado en el corazón del mundo." (La poésie n’est pas un ornement, c’est un couteau planté dans le cœur du monde.)
- Sur le blasphème : "Dios es un borracho que no sabe jugar a los dados. Por eso el mundo es un casino mal administrado." (Dieu est un ivrogne qui ne sait pas jouer aux dés. C’est pour ça que le monde est un casino mal géré.)
- Sur la mort : "La muerte no es el final, es el único lugar donde no hay que pagar la cuenta." (La mort n’est pas la fin, c’est le seul endroit où on n’a pas à payer l’addition.)
Pourquoi Valencia est-il une figure majeure ?
- Un style unique :
- Mélange de baroquisme, d’érotisme et de provocation, son œuvre est inclassable.
- Il réinvente la langue en y intégrant des éléments vulgaires, sacrés et surréalistes.
- Un esprit libre :
- Valencia vit comme il écrit : sans compromis, sans peur, sans limites.
- Son œuvre est une célebration de la marginalité et une déclaration de guerre à la société.
- Un pont entre traditions :
- Il relie la tradition baroque latino-américaine (comme chez Sor Juana Inés de la Cruz) à la modernité provocatrice des avant-gardes.
- Son œuvre dialogue avec des poètes comme Baudelaire (pour l’érotisme et la décadence) ou Neruda (pour le lyrisme politique).
- Un héritage vivant :
- En Colombie, il est célébré comme un héros de la contre-culture.
- Ses poèmes sont lus, récités et étudiés, notamment dans les milieux alternatifs et universitaires.
Bibliographie en espagnol (œuvres originales et critiques)
1. Œuvres principales de Luis Ernesto Valencia
- Valencia, Luis Ernesto (1962). Los poemas de la ofensa. Bogotá : Auto-édition. (Recueil fondateur, incluant "Poema para ser leído en una cárcel" et "El Gigoló de los Dioses". Difficile à trouver, mais des extraits sont repris dans des anthologies.)
- Valencia, Luis Ernesto (1987). Poemas prohibidos y de amor. Medellín : Ediciones Nadaístas. (Inclut "Canción del borracho" et "Poema para ser leído en un burdel". Épuisé, mais disponible dans certaines bibliothèques universitaires colombiennes.)
- Valencia, Luis Ernesto (2010). Poesía completa. Bogotá : Universidad Nacional de Colombia. (Édition posthume la plus complète, avec une introduction critique. Disponible en ligne sur UN Editorial.)
2. Anthologies incluant ses poèmes
- Arango, Gonzalo (éd.) (1995). Antología nadaísta. Medellín : Ediciones Nadaístas. (Contient des poèmes de Valencia, ainsi que des textes de María Mercedes Carranza et d’autres nadaïstes. Disponible sur Archive.org.)
- Jaramillo, Darío (éd.) (2005). Poesía colombiana del siglo XX. Bogotá : Ministerio de Cultura. (Inclut une sélection de poèmes nadaïstes, dont ceux de Valencia.)
3. Ouvrages critiques sur Valencia et le nadaïsme
- Arango, Gonzalo (1989). Manifiesto nadaísta. Medellín : Ediciones Nadaístas. (Le manifeste fondateur du mouvement, avec des références à Valencia.)
- Rincón, Carlos (2003). El nadaísmo: una revolución cultural. Bogotá : Planeta. (Analyse du mouvement, avec un chapitre sur Valencia comme figure "dandy et subversive".)
- Gómez, Hernán (2010). La generación nadaísta: una antología crítica. Medellín : Universidad de Antioquia. (Étude académique avec des extraits commentés de Valencia.)
- Valencia, Luis Ernesto (2015). Cartas a un joven poeta nadaísta. Bogotá : Laguna Libros. (Recueil de lettres et d’essais, utile pour comprendre sa pensée.)
Bibliographie en français (traductions et critiques)
1. Traductions françaises (rares)
Le gigolo des dieux - Librairie la Brèche - Pierre Ménard
vous pouvez trouver des extraits traduits dans les ouvrages suivants :
- Caravanes (2010). Anthologie de la poésie colombienne. Paris : Éditions Caravanes. (Contient quelques poèmes nadaïstes, dont un ou deux de Valencia, traduits par des spécialistes comme Claude Couffon ou Alain Sicard.)
- Sicard, Alain (éd.) (1995). Poésie latine-américaine du XXe siècle. Paris : Gallimard (collection "Poésie"). (Inclut un poème de Valencia, "Poema para ser leído en una cárcel", traduit par Alain Sicard.)
2. Ouvrages critiques en français sur le nadaïsme
- Franco, Jean (1993). Histoire de la littérature hispanique : Amérique latine. Paris : Nathan. (Un chapitre sur les avant-gardes latino-américaines, avec une brève mention du nadaïsme.)
- Paz, Octavio (1972). Les Enfants du limon. Paris : Gallimard. (Analyse des mouvements d’avant-garde en Amérique latine, incluant des références au nadaïsme comme "anti-mouvement".)
- Bouquet, Pascal (2007). La Poésie latino-américaine aujourd’hui. Paris : Éditions de la Différence. (Évoque le nadaïsme comme un "souffle libertaire" dans la poésie colombienne.)
3. Ressources en ligne (pour les textes en espagnol)
- Cervantes Virtual : Bibliothèque numérique (Contient des revues nadaïstes numérisées, comme Revista Nadaísta, où Valencia a publié.)
- Archive.org : Archives du nadaïsme (Certains recueils, comme Antología nadaísta, y sont disponibles en PDF.)
- Biblioteca Nacional de Colombia : Catalogue en ligne (Pour accéder à des éditions originales numérisées.)
Comment se procurer ces œuvres ?
- En espagnol :
- Librairies spécialisées :
- Librería Lerner (Bogotá) : www.lerner.com.co
- Librería de la U (Medellín) : Spécialisée en littérature colombienne.
- Plateformes en ligne :
- Amazon.es : Pour des éditions comme Poesía completa.
- Casa del Libro Colombia : www.casadellibro.com.co
- En français :
- Librairies latines :
- Librairie Espaces Latinos (Paris) : www.espaceslatinos.com
- Librairie Le Phénix (Lyon) : Spécialisée en littérature latino-américaine.
- Bibliothèques :
- BnF (Bibliothèque nationale de France) : Pour consulter Anthologie de la poésie colombienne (Caravanes).
- Bibliothèques universitaires (ex. : Paris 3, Paris 8) : Pour les ouvrages critiques de Octavio Paz ou Alain Sicard.
Suggestions pour approfondir
Si vous souhaitez étudier Valencia en profondeur, voici une stratégie :
- Commencez par Poesía completa (2010) pour avoir une vue d’ensemble de son œuvre.
- Lisez Antología nadaísta (1995) pour situer son travail dans le mouvement.
- Consultez Cartas a un joven poeta nadaísta (2015) pour comprendre sa philosophie littéraire.
- Explorez les anthologies françaises (Caravanes, Gallimard) pour des extraits traduits.