Le dépôt
12 - James Marr
2026
juillet
Red fox
Troubadour tenant ta guitare à vélo, tu nous accompagnais en musique, les cordes filant selon ton chant ! Je t’ai rencontré en visitant un ami, et du haut d’un phare désuet, je te questionnai sur l’argent et le vivre-ensemble.
Renard flambant, j’ai fini par travailler dans ta cuisine. J’étais nouveau, une chaudière scandinave enflammait ton regard !
Renard hardi et brisé, après une journée d’esquives, frondeur, tu nous dégorgeais les poissons étranges de tes exploits. Haut et maigre, le visage creusé, le poil rude et les oreilles décollées, tu avais la beauté du démon et je crus voir en toi Tristan Corbière.
Renard flamboyant, homme mais très femme, ton rire faisait trembler les cieux nivernais ! Paré de bijoux, l’étoffe étincelante, la tendresse tombait comme d’un arbre trop ample. Où va ton ombre, l’apatride, graffitant les rues de ta fougue la nuit ?
Tu me trouvais pas beau. C’est mon cerveau, t’as dit. Mais tu m’as laissé dans ta cabine te voir peindre, te voir parler à tes araignées. De 17 ans ton cadet, j’étais le premier à te sacrer bohémien et j’ai voulu t’aimer comme une femme !
La société, c’était pas ton truc renard taré, incendiant le plus ancien des feux de camp ! Tes bras se balançaient comme ta folie et tu étais bien savant. Renard fourbe, j’étais ton petit au côté, et j’ai cru comprendre un soir t’avoir calmé.
Rails de coke à tour de rôle avec des 100 balles ! Les nuits étaient courtes quand je savais te faire boire. Can I have a fag, faggot ? Tu m’as dévoilé, on a fait une sieste à trois avec ta fiancée. Le lendemain, locomotives à cigarettes, tu m’as conduit jusqu’au canal.
Red fox, tout s’est bien vite arrêté alors que je me demandais si je pouvais t’échapper. Une rose posée, ta photo en uniforme et la carte révélant le secret de ton nom. Red fox, tu m’as bien manqué et je trouve dans les Ecossais des échos de ta tendresse.
Grand cinglé, tu m’as fait le don des possibles. Tu m’as appris la liberté !
James Marr