La
page
blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S - Index I

82 - Pierre Lamarque

Flux de conscience au jour le jour

FLUX DE CONSCIENCE EN QUELQUES MOTS CHAPITRE UN



vendredi 31 juillet 2026



j’ai besoin de peu de mots       peu de mots mais les miens      les  mots de mon poème m’appartiennent    le temps du poème       ils sont à moi moi moi moi            je les partage avec moi-même parce que je m’aime       je me fous des autres    car je ne suis pas monsieur bob dylan      je suis monsieur moi qui s’aime      je me fous de la noblesse du prix nobel moi monsieur       j’écris pour moi pas pour autrui       je ne cherche pas à être lu     je ne cherche pas à gagner ma vie avec ce que j’écris   je n’ai pas besoin de gagner ma vie     d’ailleurs je ne chante pas aussi bien  et je ne joue pas de la guitare moi monsieur    je vis d’amour et d’eau fraîche      je cherche à écrire peu de mots      j’ai besoin de peu de mots           j’avance en serrant les dents      dans une impasse sans fin       je médite un instant      je me demande ce qui va m’arriver au bout de l’impasse   je me réponds que je n’en sais rien       et que je m’en moque      je m’en fous      je m’en balance     il y a longtemps que je n’avais pas médité un instant si profondément en ouvrant le robinet à paroles     je ferme le robinet   je le rouvre    je le referme      je le rouvre      ça m’amuse beaucoup de remuer ce ménage    tout ça n’est pas bien tragique      je ne fais rien de mal       je ne sais pas écrire la poésie autrement que sous la forme d’un trouble obsessionnel compulsif     même si j’ai tout essayé dans ma carrière de poète de fond en comble      j’aurait tout essayé      toutes les formes pour toutes sortes de messages importants adressés à l’humanité née en même temps que moi     morte en même temps que moi     depuis que je suis le centre du monde    et pas uniquement son chef de gare    quand je parle au monde je m’écoute parler car je me moque du monde          je suis aussi simple que cela        d’ailleurs  quand je parle au monde  ce n’est pas moi qui parle c’est ma voisine martine       je ne me trouve pas assez bavard      en tout cas pas autant que feu jeanine bancquart  alors je continue jusqu’à ras bord     mon écriture est comment dire     corporelle      sensuelle si vous voyez ce que je veux dire       si vous devinez à quoi je pense      si vous n’avez pas peur de la vérité     cher public       chers téléspectateur qui faites mon bonheur de présentateur du présent      du présent allumé       du présent allumé      du présent immédiat allumé       immédiatement allumé à humer     du présent immédiatement allumé à humer au présent        de l’instant présent     ne succombons pas à la féconde séduction des sirènes qui nous implorent en hébreu d’arrêter les flots des paroles d’ulysse tandis qu’il en est encore temps     ce n’est pas à nous spectateurs de siffler la fin de la partie     restons humblement modestes en nous remémorant au besoin nos anciens camarades  tous des gens humbles beaux et surtout modestes       tellement de gens se prennent pour le centre du monde qu’on ne peut savoir où situer l’art si le centre de l’art est partout à la fois  c’est à n’y rien comprendre malgré les efforts d’einstein    mais une chose que je comprends bien c’est celle-ci   je prends mon pied avec les mots de tout le monde     même les plus rares et précieux mots sont à tout le monde       tout le monde à les moyens de se payer un dictionnaire des mots rares et précieux       je viens d’inventer une nouvelle littérature     la littérature qui n’en finit pas de s’écrire       j’ai l’impression d’avoir inventé la lune        ce serait dommage de continuer nos errances    alors que le route est toute droite dans l’ohio     qui nous mène à un petit verre de porto cul sec     j’ai réglé mon cerveau sur poésie   je baigne dans la torpeur du ventilateur  j’utilise les mots pour dire des choses que je crois importantes à dire       et à faire entendre      faites circuler le message que je suis en train d’écrire        c’est de la littérature infinie      par paquets de douze miaulements suspects    quand je serai fatigué de ce marathon d’écriture perpétuelle je marquerai une pause      je préviendrai le lecteur par un panneau        à suivre       bien connu de nos téléspectateur      que j’adore                       de toutes façons  j’ai besoin de peu de mots pour mon flux

 

à suivre



samedi 1 août 2026



le langage nous construit un abri les mots nous viennent de la pierre       ils furent gravés jadis dans de la pierre mûre et juteuse        la marque entaillait alors la pierre avec la lumière d’un scribe      mort depuis longtemps      mais ce qu’il a écrit restera      comme une trace de son passage sur terre    

du sang coulait du burin mêlé à du lait         de pièce en pièce       ce n‘était pas mon nom qui coulait     c’était le sang et le lait des pierres            alors j'ai pris     les pierres en sueur  sanglantes et laiteuses      j’ai posé autrement les pierres        sans ciment            sans plan      le sang la sueur et le lait me poursuivaient       de pièce en pièce avec zède       je croyais qu'on connaissait mon vrai nom qui commence justement par un drôle de zède  continue par è   et finit par     bre     alors j'ai pris peur    et j’ai repris en sueur les mêmes pierres         je les ai posées autrement        le mur est devenu autrement      voilà ce que le mur est devenu

une fenêtre ouverte dont les volets claquaient une fois par minute    une injure intérieure        commençant à faire de l'ombre       à la pluie qui est en moi        quand la voix      revient m’injurier     je ferme discrètement la fenêtre à clef


la vérité sort du puits colorée en bleu marine sur fond noir    autant vous dire qu’on ne  discerne pas aisément sa nudité    si elle était écrite en lettres d’azur sur fond noir ce serait tellement mieux          la vérité c’est que tu m’en veux     et que la voix intérieure qui m’injurie de la sorte       sort de ta bouche gourmande      friande de toutes sortes d’insupportables méchancetés apprises par cœur      j’y vois clair maintenant        tu tentes vainement de m’hypnotiser avec ta ridicule violence      mais tu ne m’auras pas      je suis plus résistante que tu ne crois    


en attendant des jours meilleurs      j’ai trouvé une solution provisoire      j’écris pour me soulager des misères que tu me fais     misère versus écriture    le temps passe et je n’ai toujours pas trouvé de solution définitive     alors j’écris ma misère      la misère que tu me fais continue mais je la transforme en formidable  joie de vivre       grâce à l’écriture    par la simple force des poignets    grâce à l’aide de mes doigts sur le clavier de la machine à écrire      c’est peut-être ça la solution      nous verrons bien



à suivre