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PLACE AUX POÈMES

TRANSPROSE

*** CONTE DE CELUI-CI ET CELUI-LÀ


 

 


CONTE DE CELUI-LÀ ET CELUI-CI 




celui-là ne respirait pas en parlant     il parlait d’un seul souffle     comme si chaque mot devait sortir avant qu’il ne soit prononcé     

il parlait vite     trop vite     comme si le silence    dans l'ombre derrière lui    le reluquait avec un couteau     il parlait pour rester debout     

 pour ne pas tomber     pour ne pas être rattrapé par le silence


celui-ci ne respirait pas en lisant     il lisait comme on plonge dans une histoire     gargantuesque pantagruélique 

shakespearienne et donquichottesque      sans reprendre haleine     sans remonter à la surface     il lisait pour comprendre ce qui lui échappait   

   pour tenir le monde dans ses mains     pour ne pas se perdre     pour rester vivant dans le monde

un jour celui-là parla avec celui-ci     et celui-ci en l’écoutant se mit à lire celui-là     celui-ci lisait les phrases de celui-là comme on lit des lignes calmes  

                    il lisait ses silences absents     il lisait son souffle manquant         

cette lecture-là     celui-là la sentit     il sentit qu’on le lisait     pas qu’on l’écoutait     qu’on le lisait comme un poème  

   comme un po     comme une transprose     alors il ralentit son rythme     il laissa entrer dans ses narine un peu d’air 

                                 il parla avec des bouquets de hoquets     

il parla avec des blancs     il parla avec du silence      celui-ci en entendant ce souffle nouveau     s’était mis à lire celui-là autrement      

il lisait celui-là en respirant     en laissant passer l’air     en laissant vivre les mots     sans laisser noyer celui-là dans ses mots

    alors celui-là respira en parlant     et celui-ci respira en lisant     et de leur souffle accouplé     quelque chose naquit      

quelque chose de minuscule       libre     vrai     un po peut être     ou juste une manière d’être au monde

ils ne se le dirent pas     ils n’en firent pas une théorie    ils n'en firent qu'un système pratique    ils respirèrent     ensemble      

chacun de son côté       à sa manière       chacun dans sa langue

ainsi naquit un nouveau po        puis naquit un nouveau poème    et celui-là et celui-ci 

– vécurent       longtemps  heureux    heureux       ensemble   

et embarquèrent    dans la grande galerie de leur arche porte-papillons

une belle et prospère famille 

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