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693 - zoom poésie macaronique
Textes sources
Texte 1 : Molière, Le Malade imaginaire, Troisième Intermède (Cérémonie macaronique)
Savantius doctores,
Medicinae professores,
Qui hic assemblati estis,
Et vos, et vos,
Chirurgiani et apotecarii,
Atque tota compania
Salve, gratia et honor,
In nomine de tota facultate.
[...]
Datus est tibi licentia
Medicandi,
Purgandi,
Seignandi,
Percutiendi,
Taillandi,
Coupandi,
Et occidendi
Impune per totam terram.
Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10420786
Texte 2 : François Rabelais, Le Quart Livre, Chapitre XIII (Épisode de Tappecoue)
Arrivans à la cassine de loing il apperceut Tappecoue, qui retournoit de queste, et leurs dist en vers Macaronicques :
Hic est de patria, natus de gente belistra,
Qui solet antiquo bribas portare bisacco.
Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040487n
Texte 3 : Raymond Queneau, Exercices de style (« Macaronique »)
In autobusse prope meridiem,
Unus juvenis cum longo collo,
Portans unum chapealum cum cordone,
Iratus fuit contra unum voisinum
Qui eum bousculabat semper.
Tunc se praecipitavit super unam sedem vacuam.
Postea, ante garem Sancti Lazari,
Vidi eum iterum cum uno camarado
Qui ei dicebat : « Debes addere unum buttonum
Ad tuum pardessus. »
Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3322998k
Texte 4 : Théodore de Bèze, Epistola Magistri Benedicti Passavanti
Vos doctores venerabiles et magistri nostri,
Qui de omnibus rebus disputatis in scholis,
Audite hoc scriptum plenum de grande sapientia.
Quando unus asinus vadit per viam,
Non curat de syllogismis neque de libris,
Sed tantum de herba viridi et de pane ficco.
Sic omnes haeretici disputant sine fine,
Et perdunt tempus suum in vanissimis nugis.
Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k856877q
Texte 5 : Rémy Belleau, La Reconnue (Passage macaronique)
O deorum hominumque fides, qualis est ista res !
Vidi unum sotum cum cappello de lana,
Qui loquebatur de philosophia et de libris,
Et non habebat unum denarium in pochetta.
Ridete, socii, de ista grandissima stultitia,
Nam sapientia sine panis est una chimera.
Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1057797h
Présentation du thème
La poésie macaronique repose fondamentalement sur la farce linguistique et le « latin de cuisine ». Il s'agit d'un jeu savant où la grammaire latine (désinences, déclinaisons, métrique en hexamètres ou dactyles) est appliquée de force à du vocabulaire vulgaire, vernaculaire ou populaire.
Si le genre naît en Italie avec Tifi Odasi et Théophile Folengo, les auteurs français s'en emparent très tôt avec gourmandise. François Rabelais consacre explicitement dans Le Quart Livre l'expression de « vers macaronicques » pour caractériser la harangue du moine Tappecoue. Au XVIIe siècle, Molière donne à la macaronée ses lettres de noblesse théâtrales dans le troisième intermède du Malade imaginaire, où le jargon médical s'habille d'un faux latin satirique de 159 vers. De Théodore de Bèze à Rémy Belleau, jusqu'à la réinvention oulipienne par Raymond Queneau dans ses Exercices de style, la poésie macaronique française demeure un exercice de haute maîtrise formelle sous l'apparence de la dérision.
Bibliographie
- Bèze, Théodore de, Epistola Magistri Benedicti Passavanti, Genève, 1553.
- Belleau, Rémy, La Reconnue, Paris, 1577.
- Molière, Le Malade imaginaire, Paris, 1673.
- Queneau, Raymond, Exercices de style, Paris, Gallimard, 1947.
- Rabelais, François, Le Quart Livre, Paris, 1552.