Le dépôt
697 - ZOOM PLATON
La République, livre VI (traduction d'Émile Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1933)Wikisource[…]
ce que nous avons appelé l'idée du bien est le plus beau sujet d'étude, et c'est par elle que la justice et les autres vertus deviennent utiles et avantageuses. [...] Ne sais-tu pas aussi que ceux qui s'occupent de géométrie, d'arithmétique et d'autres sciences de ce genre, posent en hypothèse le pair et l'impair, les figures, trois espèces d'angles, et d'autres choses du même genre, selon la discipline qu'ils étudient ? Ils les regardent comme connues, et, les posant comme hypothèses, ils ne croient pas devoir en rendre compte ni à eux-mêmes ni aux autres, comme si elles étaient évidentes pour tous ; et,partant de là, ils parcourent le reste jusqu'à la conclusion qu'ils avaient en vue. Tu sais aussi qu'ils se servent de figures visibles et qu'ils raisonnent sur elles, bien qu'ils ne pensent pas à ces figures mêmes, mais aux réalités qu'elles représentent ; par exemple, ils raisonnent sur le carré en soi et sur sa diagonale, et non sur le carré qu'ils descennent ou tracent, et ainsi du reste. [...]
https://fr.wikisource.org/wiki/La_R%C3%A9publique_(trad._Chambry)/Livre_VILe Banquet
(traduction de Léon Robin, Paris, Les Belles Lettres, 1929)Wikisource[…]
Amour n'est point, comme le croiraient la plupart, le dieu de l'amour ni l'objet de notre amour, mais il est de tous le plus grand et le plus heureux des dieux, ou plutôt c'est un démon grand et magnifique. Car tout ce qui est démoniaque est milieu entre la divinité et la mortalité. — Et quelle est, dis-je, sa puissance ? — Elle est, dit-elle, d'interpréter et de porter aux dieux ce qui vient des hommes, et aux hommes ce qui vient des dieux, des hommes aux dieux les prières et les sacrifices, des dieux aux hommes les commandements et les récompenses des sacrifices ; et comme il est au milieu de l'un et de l'autre il remplit l'intervalle, de telle sorte que le tout est lié à soi-même par lui. C'est par lui que s'exerce tout art mantique, et la science des prêtres relative aux sacrifices, aux initiations, aux incantations, à toute prophétie et à tout art magique. Dieu ne se mêle point directement à l'homme ; mais c'est par l'intermédiaire du démon que se fait toute conversation, tout commerce des dieux avec les hommes, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil. [...]
https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Banquet_(trad._RobinPhédon (traduction de Léon Robin, Paris, Les Belles Lettres, 1926)Wikisource[…]
Et ce n'est pas d'hier que l'âme témoigne qu'elle a ces facultés, puisque, avant même que nous eussions pris forme humaine, nous les avions déjà. — Comment cela ? dis-je. — C'est que, sans doute, répliqua-t-il, dès que nous sommes nés, nous apportons avec nous et nous possédons la notion de l'égal, du plus grand, du plus petit et de toutes les notions de ce genre ; car ce que nous disons maintenant ne vaut pas moins pour le beau en soi, pour le bon en soi, pour le juste, pour le saint, et, dis-je, pour toutes ces réalités que nous marquons dans nos questions et nos réponses du sceau de « ce qui est ». De sorte que c'est nécessairement d'avant notre naissance que nous avons acquis la science de toutes ces choses. — C'est vrai. — Et si, après les avoir acquises avant notre naissance, nous ne les avions pas perdues en naissant, nous saurions toujours dès notre naissance, et nous saurions pendant toute notre vie, puisque savoir, c'est précisément cela,avoir acquis une science et ne l'avoir point perdue, n'est-ce pas ? [...]
https://fr.wikisource.org/wiki/Phédon_(trad._Robin
Phèdre (traduction de Léon Robin, Paris, Les Belles Lettres, 1933)
[...] Quant à l'immortalité de l'âme, c'en est assez pour ce qui précède ; pour ce qui est de sa nature, il faut dire ceci :quelle est-elle ? C'est un sujet, divine affaire, et en tout point long à raconter, et qui exige pour le moins un discours humain ; mais disons-la par une image, disons qu'elle ressemble à la puissance réunie d'un attelage ailé et d'un cocher. Pour les dieux, les chevaux et les cochers sont tous bons et d'une bonne race ; pour les autres, ils sont mélangés. En premier lieu, chez nous, le cocher conduit un attelage double ; en second lieu, l'un des chevaux est beau et bon, né de parents pareils, et l'autre est tout le contraire, né de parents contraires. Dès lors, chez nous, c'est nécessairement une chose pénible et difficile que de conduire l'attelage. Essayons donc de dire d'où vient que l'être vivant est dit mortel et immortel.[...]
https://fr.wikisource.org/wiki/Phèdre_(trad._RobinApologie de Socrate (traduction de Maurice Croiset, Paris, Les Belles Lettres, 1920)Philotextes[…]
Peut-être donc quelqu'un me dira-t-il : « Mais enfin, Socrate, quelle est ton occupation ? D'où te viennent ces calomnies ? Si tu ne faisais rien de plus que les autres, il n'y aurait certes pas eu tant de bruit ni tant de babil contre toi. Dis-nous donc ce qu'il en est, afin que nous ne jugions pas à la légère. » Celui qui parle ainsi me paraît dire une chose juste, et je vais essayer de vous montrer ce qui m'a attiré ce nom et cette calomnie. Écoutez donc. Peut-être croirai-je que je plaisante, mais sachez bien que je ne vous dirai que la vérité. C'est donc uniquement par une certaine sagesse,Athéniens, que j'ai acquis ce nom. Quelle est cette sagesse ? C'est précisément la sagesse qui est peut-être la sagesse humaine ; car il se pourrait bien que je fusse sage de celle-ci, tandis que ceux dont je parlais tout à l'heure auraient peut-être une sagesse plus grande que humaine, ou je ne sais trop quoi dire, car je ne la connais point, moi, et celui qui le prétend ment et le fait exprès pour me calomnier. [...]
https://fr.wikisource.org/wiki/Apologie_de_Socrate_(trad._Croiset
Platon (vers 428-348 av. J.-C.) est l'un des philosophes grecs antiques les plus influents de la tradition occidentale. Né à Athènes dans une famille aristocratique, il est profondément marqué dans sa jeunesse par sa rencontre avec Socrate, dont il devient le disciple dévoué. La condamnation à mort de ce dernier en 399 av. J.-C. constitue un traumatisme fondateur qui oriente toute sa pensée politique et éthique, le détournant de l'engagement direct dans la cité pour fonder la philosophie comme quête de la vérité et de la justice. Vers 387 av. J.-C., il fonde à Athènes l'Académie, l'un des tout premiers instituts d'enseignement supérieur du monde occidental, où il enseigne pendant des décennies et forme notamment Aristote.
L'œuvre de Platon, entièrement rédigée sous forme de dialogues — à l'exception de ses Lettres —, met presque toujours en scène Socrate aux prises avec divers interlocuteurs, sophistes, poètes ou hommes politiques. Cette forme dialoguée traduit une conception vivante de la philosophie, conçue non comme un système dogmatique figé, mais comme un examen critique, un exercice d'accouchement des esprits (la maïeutique) et un cheminement de la pensée. Sur le plan métaphysique, Platon est le père de la théorie des Idées ou des Formes : il soutient que le monde sensible que nous percevons par nos sens n'est qu'une réalité changeante, instable et illimitée, subordonnée à un monde intelligible supérieur, immuable et éternel, peuplé de Formes parfaites (le Beau, le Juste, le Bien en soi). Connaître, pour l'âme humaine, c'est se remémorer (anamnèse) ces réalités contemplées avant sa chute dans un corps. Sur le plan politique, développé notamment dans La République, Platon conteste la démocratie athénienne démagogique et théorise une citoyenneté idéale guidée par la sagesse, où la cité juste est celle où les philosophes sont rois ou les rois philosophes, chacun y occupant la place qui revient à la vertu propre de sa partie de l'âme.
• Bibliographie :
• Brisson, Luc, Platon, les mots et les mythes, Paris, François Maspero, 1982.
• Dixsaut, Monique, Le Naturel philosophe : Essai sur les dialogues de Platon, Paris, Vrin, 1985.
Philotextes
• Robin, Léon, Platon, Paris, Presses Universitaires de France, 1935.
Philotextes
• Vernant, Jean-Pierre, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, La Découverte, 1985.
nota bene : Les sources textuelles présentées proviennent des éditions savantes et numériques des collections de la Bibliothèque nationale de France et de Wikisource.