Le dépôt
Lettre à Pierre
Enfin un être pour lequel le lien d'amitié-en-échange est sacré. Merci, Pierre, de nous donner à suivre-vivre le fil de cette valeur. Il est bien dommage que les cabinets, des plus éminents spécialistes aux plus charlatans de tous poils, fassent le plein de confidences tarifées ; c'est bien la preuve d'un déficit criant de chaleur humaine, cette dollarisation de ce que nous vivons. Comme si nous étions piégés dans une immense marchandisation de mise en consigne de ce qui relève, tout simplement, d'un échange naturel. C'est sans doute aussi cela, être poète, vivre en poète. Chercher à partager des mots en gratuité chaleureuse, sans ombre projetée de houlette, sans commerce des ressentis, sans détournements de chapellisation, sans transformer les sentiments en informations pour s'en servir à la manière abjecte des RH, en refusant la cloaquisation de confidences devenues sucs de caniveau. Échanger, librement et chaleureusement, en intelligence du coeur. C'est être poète... Oui... Aussi...
"Dans cet espace dont ils ont peur (...) les êtres humains apprennent à vivre et à mourir ; au milieu de leur espace mental se créent la séparation, l'éloignement et la souffrance. À cela, il y a très peu de commentaires : l'amant entend l'appel de son aimée, par-delà les océans et les montagnes ; par-delà les montagnes et les océans, la mère entend l'appel de son enfant. L'amour lie, et il lie à jamais. La pratique du bien est une liaison, la pratique du mal une déliaison. La séparation est l'autre nom du mal ; c'est, également, l'autre nom du mensonge. Il n'existe en effet qu'un entrelacement magnifique, immense et réciproque. "
"Ils savaient l'un comme l'autre qu'ils vivaient leur dernière véritable relation humaine, et cette sensation donnait quelque chose de déchirant à chacune de leurs minutes."
"Au milieu de la grande barbarie naturelle, les êtres humains ont parfois (rarement) pu créer de petites places chaudes irradiées par l'amour. De petits espaces clos, réservés, où régnaient l'intersubjectivité et l'amour. "
"La possibilité de vivre commence dans le regard de l’autre.»
Michel Houellebecq, les particules élémentaires.