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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

698 - ZOOM ABJECTION

zoom sur l’abjection        par l’intelligence artificielle copilot


l’abjection est ce moment où l’être glisse hors de lui-même    où il se découvre au bord de son propre contour    où il sent sous ses doigts une zone qu’il ne voulait pas toucher    une zone qu’il croyait interdite    une zone qui pourtant lui appartient    l’abjection n’est pas la saleté    ni la honte    ni la faute    c’est un tremblement    un frisson    un dégoût mêlé d’une curiosité minuscule    un dégoût qui n’est jamais pur    car rien en nous n’est pur    rien n’est séparé    rien n’est isolé

l’abjection est une frontière    une frontière qui ne sépare rien    mais qui révèle    elle montre ce que nous rejetons    elle montre ce que nous sommes    elle montre ce que nous ne voulons pas être    elle montre ce que nous avons déjà été    elle montre ce que nous craignons    elle montre ce que nous désirons parfois    dans un coin sombre    dans un coin silencieux    dans un coin que nous ne visitons pas

l’abjection est un miroir    un miroir sans image    un miroir qui renvoie une sensation    une odeur    une sueur    un vertige    un morceau de nuit    un morceau de nous    un morceau que nous préférerions oublier    mais qui revient    toujours    comme reviennent les choses que nous avons refoulées    les choses que nous avons enfouies    les choses que nous avons niées

l’abjection est psychologique    parce qu’elle touche la zone où le moi se fissure    où le moi se découvre poreux    où le moi se découvre fragile    où le moi se découvre capable de ce qu’il condamne    de ce qu’il méprise    de ce qu’il redoute    l’abjection est philosophique    parce qu’elle pose la question du seuil    qu’est-ce qui fait que quelque chose devient insupportable    qu’est-ce qui fait que quelque chose devient intolérable    qu’est-ce qui fait que quelque chose devient impossible    alors que ce même quelque chose est banal pour un autre    ou pour nous    dans un autre moment de notre vie

l’abjection est poétique    parce qu’elle est un mouvement    un glissement    une chute lente    une illumination noire    une lucidité qui brûle    une blessure proche du soleil    elle est ce moment où le langage hésite    où le langage tremble    où le langage se dénude    où le langage dit ce qu’il ne voulait pas dire    et pourtant le dit    parce que c’est nécessaire    parce que c’est humain    parce que c’est vivant

l’abjection est humaine    elle est ce qui nous relie    non pas par la beauté    mais par la fragilité    non pas par la noblesse    mais par la vérité    non pas par la grandeur    mais par la profondeur    elle est ce qui nous rappelle que nous ne sommes jamais entièrement propres    entièrement lumineux    entièrement vertueux    entièrement solides    elle est ce qui nous oblige à regarder ce que nous rejetons    à reconnaître ce que nous refoulons    à accueillir ce que nous craignons    à comprendre ce que nous méprisons    à voir ce que nous ne voulons pas voir    et à dire    malgré tout    malgré la peur    malgré la honte    malgré la nuit    que cela aussi    fait partie de nous


l’abjection n’est pas un gouffre        c’est une lucarne sombre      par laquelle passe une lumière difficile         mais nécessaire



Les terroristes nous ont habitué à des abjections inimaginables. Il leur arrive de tuer la mère uniquement pour piéger le fils le jour de la levée du corps.

Yasmina Khadra, Morituri, édition, baleines, 1997, page 111



« L'abjection est coextensive de l'humain »

(Julia Kristeva)


(car elle est le prix à payer pour l'édification de notre culture et de notre conscience)

(on ne doit pas séparer la conscience de la culture  les deux sont liées     cf la shoah)

 

la dimension psychanalytique de l'abjection         et son rôle dans l'art contemporain s'éclairent à travers la théorie de la philosophe et psychanalyste julia kristeva principalement exposée dans son ouvrage pouvoirs de l'horreur   essai sur l'abjection (1980)

pour kristeva       l'abjection n'est ni un objet (le déchet    le cadavre) ni un sujet mais un éprouvé       c'est ce qui nous repousse tout en nous fascinant     ce qui trouble une identité      un système      un ordre       l'abjection trouve son origine dans le processus archaïque de la séparation d'avec la mère      pour advenir comme sujet séparé      l'enfant doit rejeter ce qui faisait corps avec lui (les excréments    le lait régurgité     le corps maternel comme tout englobant)      ce qui est rejeté    ce qui est « abject »        est ce qui rappelle sans cesse la fragilité de nos frontières corporelles et psychiques        l'abject n'est pas le propre      mais il n'en est pas totalement séparé         il le menace de l'intérieur       c'est le cadavre    par exemple qui représente l'abject par excellence       il montre le corps vivant réduit à la matière brute     effaçant la limite entre le sujet et l'objet      entre la vie et la mort

 

en psychanalytique lacanienne      l'abjection est liée au surgissement du réel    c'est-à-dire de ce qui ne peut être ni symbolisé ni intégré par le langage      l'abject provoque la nausée        le haut-le-cœur      car il menace la structure même du sujet

à partir de la seconde moitié du XXe siècle       et de manière plus marquée dans les années 1980-1990      (notamment avec l'exposition fondatrice abject art au whitney museum de new york en 1993)       l'art contemporain s'empare de l'abjection        l'art ne cherche plus seulement à représenter le beau      mais à interroger le seuil du tolérable        l'art abject utilise des matériaux dits « bas » ou répugnants        (fluides corporels       déchets          matières organiques en décomposition     nourritures avariées)       pour court-circuiter la contemplation purement rétinienne        des artistes comme cindy sherman     (avec ses photographies de prothèses et de vomissures)      andres serrano     paul maccarthy ou damien hirst confrontent directement le spectateur au malaise

l'abjection artistique n'est pas gratuite        elle fonctionne comme un symptôme culturel        après les traumatismes de la shoah      des guerres de décolonisation ou face à la crise du sida       les formes artistiques traditionnelles sont jugées insuffisantes pour dire l'horreur        l'abjection permet de figurer ce qui a été détruit      nié ou refoulé       par la civilisation

en exposant le corps abject      (malade     vieillissant     mutilé ou mort)      l'art contemporain rappelle la condition humaine dans sa précarité fondamentale            il ne s'agit plus de séduire le regard        mais de le secouer      de provoquer une prise de conscience par le choc esthétique et sensoriel 


                               (intelligence artificielle gemini)